Œuvre

Un grand pas vers le bon Dieu (1989)

A cette époque-là, les Noirs n'avaient à leur disposition que des instruments qu'ils avaient bricolés eux-mêmes. J'étais quant à moi juste un petit gars qui soufflait dans un peigne recouvert de papier de soie. Je jouais dans un spasm band. J'avais en tête un sacré proverbe eskimo. Une phrase sans bluff qui dit, écoutez bien, qu'à force d'espérer une fleur, on la fait naître. Et ainsi en usions-nous avec la musique. Elle était au bout de nos doigts et dans le souffle de nos poumons. Elle serait ce que nous allions en faire.
J'avais en tête un sacré proverbe eskimo. Une phrase sans bluff qui dit, écoutez bien, qu'à force d'espérer une fleur, on la fait naître.
Le temps est un accomplissement. Le présent se dévide. Le futur n'est presque rien. Trente secondes peut-être ? C'est bien possible. Nous sommes sans défense.
Jamais les arbres ne ramassent leurs feuilles, savait Bazelle. Automne après automne, elle sentait s'alourdir le poids de ses hanches et tandis que d'âge en âge son esprit ressassait, elle se persuadait qu'à trop oublier qui l'on est, on s'efface, on s'amenuise.
Elle se persuadait qu'à trop oublier qui l'on est, on s'efface, on s'amenuise.
Ainsi vont les secrets qu'on enferme. Ils peuplent la nuit et aident les jours à galoper plus vitement.
Ainsi vont les choses, pensait Azeline, pendant des années vous croyez que les êtres que vous connaissez le mieux sont faits d'un bois tendre et raboté et un jour, à l'improviste, l'écorce odorante est hérissée d'échardes. A un monde tendre et paresseux succède celui du hasard et de la force brutale. Et cette fureur, ce bruit, ce désordre, cette sensualité qui s'apprêtent à vous engloutir constituent justement les noeuds de la corde que vous avez tressée à votre insu.