C'est du vide, c'est l'immuable, c'est l'immobile. Parfois, les gens regardent leurs parents et se disent : « Cet homme, cette femme, c'est moi en vieux, voilà comment je serai plus tard. » Mon père, c'est moi en mort.
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J'ai trente-trois ans, tout l'avenir devant moi, je travaille pour le dictionnaire, j'écris des dates de vie et de mort, des noms propres et des noms communs, j'écris la vie des autres en attendant de vivre la mienne.
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A deux, on grossit, à un, on s'affine, on s'étire comme une sculpture de Giacometti, tendue à l'extrême, un jeu de matière, une tête et des pieds, la terre et le ciel, au milieu rien.
Un «Bleu», c'est un homme qui joue au foot, alors qu'une «Bleue», c'est une personne qui joue au football féminin. Il y a le foot d'un côté, le vrai, et puis ce truc de fille de l'autre. On imagine bien des femmes courant en escarpin sur un mini-terrain et donnant des coups de pieds dans des sacs à main jusqu'à finir par en lancer un dans un filet.
Etre étranger, c'est constater que l'Autre est une aventure, que tout cri n'est pas hostile.
La vraie différence entre un Bleu et une Bleue, ça n'est pas le football qui, lui, n'a pas de genre. Non, c'est qu'elles seront payées dix fois moins que leurs homologues masculins et qu'en plus de se coltiner des entraînements de dingue où elles font des pompes sur une main, elles devront répondre à des interviews passionnantes où on leur pose des questions comme : «Et vous avez envie d'avoir une enfant ?» ou «Et le mariage vous y pensez ?» ou «C'est important d'être féminine, non ?»
Dans la même œuvre
Etre étranger, c'est constater que l'Autre est une aventure, que tout cri n'est pas hostile.
Ce que je sais : « on » n'est pas indéfini, c'est « je » qui manque de précision.
Ce que je sais : la tristesse se digère moins bien que les coquillettes. Je mange des coquillettes sauce cafard.
Être étranger, c'est être sous l'eau quand d'autres vous parlent à la surface, les sons pénètrent, mais pas le sens
Être étranger, c'est sourire et opiner du chef, c'est lire sur les lèvres, juste pour le plaisir de s'assurer que ça ne change strictement rien.