Comment écrire une histoire brisée? En devenant peu à peu tout le monde. Non. En devenant peu à peu tout.

À lire aussi de Arundhati Roy

Mais feindre d'espérer est la seule grâce qui nous reste.
Après tout, il est si facile de réduire une histoire à néant. D'interrompre une chaîne de pensées. De briser un fragment de rêve porté avec autant de précaution qu'un vase de porcelaine.
La retraite est rarement indulgente envers les hommes de pouvoir.
Seuls les morts sont libres.
Certaines choses portent en elles leur propre punition. Comme les chambres avec placards intégrés. Tous ne tarderaient pas à en savoir beaucoup plus long sur ce chapitre. A découvrir que les punitions existent dans toutes les tailles. Qu'il y en a qui sont si grosses qu'elles ressemblent à des placards avec chambres intégrées, où l'on peut passer toute une vie d'errance à l'ombre des rayonnages.
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Dans la même œuvre

L'idiotie intrinsèque, l'idée du Jihad, a infiltré le Cachemire à partir du Pakistan et de l'Afghanistan. À présent, avec vingt-cinq ans de recul, je dirais qu'à notre avantage nous avons huit ou neuf versions de l'islam "authentique" qui se combattent au Cachemire. Chacune d'elles a sa propre écurie de mollahs et de maulana...
La seule chose qui garde le Cachemire de l'autodestruction à la façon du Pakistan ou de l'Afghanistan, c'est son bon vieux capitalisme petit bourgeois. Si religieux soient-ils, les Cachemiris sont de grands hommes d'affaires. Et tous les hommes d'affaires, d'une manière ou d'une autre, ont intérêt à voir se prolonger le statu quo ou ce que nous appelons "processus de paix" qui, soit dit en passant, offre des opportunités commerciales très différentes de la paix à proprement parler.
A l'heure magique où la lumière survit au soleil, des armées de roussettes se décrochent des Banyans dans le vieux cimetière et dérivent comme fumée à travers le ciel. Quand les chauves-souris s'en vont, les corbeaux s'en viennent. Le vacarme de leur retour au nid ne suffit pas à combler le silence creusé par la disparition des moineaux et l'absence des vieux vautours à dos blanc, gardiens des morts depuis plus de cent millions d'années, qui ont été exterminés. Empoisonnés au diclofénac. Le diclofénac ou aspirine des vaches, administré au bétail comme décontractant pour atténuer les douleurs musculaires et augmenter la production de lait, agit -- ou plutôt agissait -- à la façon d'un gaz neurotoxique sur les vautours à dos blanc.
Seuls les morts sont libres.
Elle vivait dans le cimetière à la façon d'un arbre. A l'aube, elle assistait au départ des corbeaux et accueillait le retour des chauves-souris. Au crépuscule, c'était l'inverse. Entre leurs allées et venues, elle s'entretenait avec les fantômes des vautours qui hantaient ses branches hautes. L'accroche délicate de leurs serres lui causait la douleur légère que ressent un membre amputé. Elle en déduisait qu'ils n'étaient pas vraiment fâchés d'avoir pris congé, de s'être absentés de l'histoire.