On peut couper le souffle, couper court, un brouillard au couteau, les ponts, la chique, le sifflet, les cheveux en quatre, à travers champs, l’herbe sous le pied. Mais on ne coupe pas le coeur, on le brise.
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Chaque couple a ses pierres d’achoppement ; on presse un bouton, on allume l’orage. Pour vider la rancoeur, croit-on, on remet sur le métier le tissu des discordes qui n’ont pas d’issue ; on dit les mots agaçants, on souligne les évidences, on gratte les plaies, on cherche le point de rupture. Un jeu malsain d’enfants. On joue à être bête, on joue à être naïf, on soulève les sujets cent fois évoqués, qu’on attaque par un angle nouveau, on s’affronte.
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Elle gèle ses douleurs avec l'alcool pour donner à son corps l'illusion et l'élan d'être neuf.
Sais-tu que le colibri ne peut pas marcher, parce que c’est le seul oiseau qui parvient à voler en arrière ?
Gabrïele n'a pas de rêves de jeune fille. A 17 ans, elle rêve de la blancheur infinie des marches solitaires dans la montagne, elle rêve de rencontrer Cosima à Bayreuth, elle rêve de composer un jour un opéra novateur, délesté du poids des traditions musicales- des rêves anachroniques, des aspirations inacceptables pour son époque. Il faudra donc qu'elle change ses rêves. Ou qu'elle change l'époque.
La nuit est plus lourde que le jour, dit Francis Picabia.
Dans la même œuvre
Elle ne peint pas pour être aimée. Elle est transparente, c’est-à-dire qu’elle ouvre grand la fenêtre vers l’intérieur.
Je bois pour noyer ma peine, mais cette garce apprend très vite à nager.
Il faut dire je t’aime quand on a le temps. Après on oublie, après on part, après on meurt.
À force de vouloir m’abriter en toi, j’ai perdu de vue que c’était toi, l’orage. Que c’est de toi que j’aurais dû vouloir m’abriter. Mais qui a envie de vivre abrité des orages? Et tout ça n’est pas triste, mi amor, parce que rien n’est noir, absolument rien.
Chaque couple a ses pierres d’achoppement ; on presse un bouton, on allume l’orage. Pour vider la rancoeur, croit-on, on remet sur le métier le tissu des discordes qui n’ont pas d’issue ; on dit les mots agaçants, on souligne les évidences, on gratte les plaies, on cherche le point de rupture.