Toute notre vie nous nous reposons sur les grands esprits, sur les soi-disant maîtres anciens, et alors nous sommes mortellement déçus par eux, parce qu'ils ne remplissent pas leur office au moment décisif.
❧
C'est un crime majeur que d'engendrer un être, dont on sait qu'il sera malheureux au moins une fois dans sa vie. Le malheur, même s'il ne dure qu'un instant, c'est le malheur tout entier. Engendrer une solitude parce qu'on ne veut plus être seul, c'est criminel.
◆
À lire aussi de Thomas Bernhard
La solitude de l'homme est le chemin de la dégoûtation. L'âge est une grande dégoûtation. La jeunesse est un écoeurement mais la vieillesse est dégoûtante.
Au fond, pourquoi les peintres peignent-ils, alors qu'il y a tout de même la nature ?
Un comédien a-t-il du succès dans un rôle, il dit que c'est son rôle préféré, n'a-t-il pas de succès dans son rôle, il ne dit pas que c'est son rôle préféré.
Seul l'imbécile admire.
Dans la même œuvre
La jeunesse est un défaut... Mais le défaut de l'âge, c'est de voir les défauts de la jeunesse.
Les femmes se font aussi une idée tout à fait fausse de leur mari, on ne devrait pas se marier, tout simplement. La femme est faite pour le mariage, oui, mais pas l'homme.
Je cours sans cesse derrière moi-même ! Vous pouvez imaginer ce que c'est que de s'ouvrir soi-même comme un livre et d'être obligé d'y découvrir des tas de fautes d'impression, l'une après l'autre, les coquilles qui fourmillent.
La sensualité, cette maladie qui porte en elle le germe de la destruction. Tôt ou tard, elle dissout le meilleur de vous-même, provoque le renversement de toutes les valeurs, le bien et le mal, le proche ou le lointain, le haut et le bas.
Nos pensées s'affrontent en nous. Les unes plus agressives que les autres, dit-il. Elles concluent souvent des alliances comme le font les hommes, pour, peu après, ne pas les respecter. Être compris et vouloir être compris : une imposture. Basée sur toutes les erreurs des sexes.