C'est lorsque je n'écris pas que je conserve l'image vraie des êtres et des choses qui vieillissaient autour de moi. J'écris souvent, je dors peu. Je n'aime pas les voir vieillir.
Karim ouvrit la réunion par un couplet moral sur les ordures ménagères. Une honte. Il punirait les négligents, il ferait cesser les dépôts sauvages. Il y avait une décharge à la cité. Même les bêtes sauvages ont l'orgueil d'enfouir leurs saletés.
Il s'imaginait libre de les tuer, de les farcir de plomb, tous, alignés au mur.
Aimer c'est être joueur, prêt à perdre. Aimer ce n'est pas garder, posséder. Aimer c'est l'autre avant toi.
La mer n'est jamais si lointaine et rétive qu'en Armor, où la peau répugne aux caresses glacées du bain, du vent, sous des ciels de charpie.
Il retourne l'enveloppe et découvre deux mots imprimés tout en bas sur le bord gauche: papier recyclé.
Tu m'as manqué... Ca va droit au coeur, ces mots-là, ça repêche les souvenirs là où il n'y avait plus aucun souvenir l'instant d'avant.
J'étais bon, les amoureux sont bons, prêts à tout pour parvenir à leurs fins.
L'amour n'est rien d'autre. Un immense pardon qui fait crier l'âme enfermée du monde à travers les sens.
C'est étrange, une femme, sa façon d'interpréter les choses après coup. La marée monte, on est un dieu. Elle descend, on est un monstre. On voit surgir des formules et des évidences auxquelles on n'aurait jamais pensé.
Manger pour vivre, jeûner pour finir de vivre.
Mon coeur battait. C'est bête, un coeur, c'est affolé pour rien. C'est tout de suite coupable.
Considérer l'amoureuse comme un mets des dieux, un gâteau. Manger le gâteau, s'en régaler, encore et toujours, ne plus en pouvoir. Se guérir du gâteau par l'écoeurement sensuel.
En amour, contrairement à la pâtisserie, l'appétit ne se coupe là que pour se creuser fringale ailleurs.
Et d'accord, ils le furent aussi pour considérer que leur couple, avec ses hauts et ses bas, était le plus amoureux de ceux qu'ils avaient rencontrés.
A treize ans, bientôt quatorze, elle en paraissait dix-huit avec ce corps déjà mûr, cette bouche sanguine, ces yeux bleus en amande, et ces longs cheveux vermeils comme un feu sur les épaules.
Rêver n'est pas donné à tout le monde. C'est un exercice épuisant.
Le bonheur, dis donc, quelle connerie d'en parler. Le bonheur, c'est de la fermer quand on est heureux, motus.
Le malheur, en somme, on n'est pas né pour qu'il nous accapare de ses trémolos, on l'envoie sur les roses.
Cette allégorie du malheur : la main comme une gifle au néant, les cheveux laqués rouges pareils à du vrai sang.
Œuvres de Yann Queffélec