Auteur

Vincent Cespedes

La flemme d'aimer est à la fois la lassitude de faire l'amour et la fatigue de créer des relations d'amour.
Nous sommes poussés à être libre-sexuels (parce que libres) et sexuellement fliqués (parce que encouplés).
Une virilité pleine et entière, non complexée : vivre son corps comme une évidence, sans éprouver le besoin d'en exhiber la masculinité.
Les femmes nous qualifient de virils dès que nous possédons ces quatre attributs : un visage intense, un sourire latent, un aplomb naturel, une vitalité posée.
Trois couches de conditionnement : la pudeur, la morale et la loi. Or la puissance réside dans la remise en jeu et en cause de ces conditionnements.
La méprise numéro un des assoifés de pouvoir : croire que le pouvoir mène à la puissance, alors qu'il les en éloigne un peu plus à chaque fois qu'il enfle et s'impose en tant qu'autorité.
L'autorité, voilà justement ce que les puissants défient par leur simple présence, sans le vouloir.
La puissance, comme le pouvoir, nous permet de dire non, mais le non de qui a du pouvoir vient du portefeuille ou du statut ; le non de qui est puissant vient du corps.
Le modèle de la virilité inhospitalière et va-t-en-guerre en a désespéré plus d'un.
Notre crise est d'abord ce moment où nous renouons avec la sensibilité, où nous réapprenons les vertus de l'empathie, où nous refusons de rompre le fil iridescent qui nous relie aux merveilles de l'enfance.
Plus le drainage virtuel nous assagit, plus nous éprouvons l'énergie qui nous pousse à fricoter corps à corps, vie contre vie, comme une débauche de vitalité inutile et immature.
Ne s'embrouiller qu'au téléphone, ne s'ennuyer qu'aux heures de pointe, ne draguer qu'avec de l'écran dans les yeux. Utopie-cauchemar de la désimplification affective et de la désincarnation prises comme des preuves de liberté.
Faire l'amour rend heureux et amoureux. Nul besoin de multiplier les études pour démontrer les vertus de cette féérie-là.
Aucune alternative proposée aux nouvelles générations, malgré le fiasco généralisé de cette institution devenue obsolète : S'aimer, c'est s'engager à deux.
Voici que l'encouplement et son lot de culpabilisations effectuent un come-back écrasant, au moment même où il est devenu parfaitement inutile, donc parfaitement impossible.
Etre nous, hommes des sociétés aux femmes libérées MAIS aux moeurs encouplantes, c'est vivre une interminable frustration.
Le mépris ne défie pas : il écrase. Le fanatisme n'éveille pas : il brutifie.
Résister, tenir bon, défier un implacable destin, une situation intenable ou des salauds visqueux, se tenir droit comme un I quand flanchent les échines : la voilà, la puissance !
Le bonheur le plus entier est celui que l'on ne poursuit pas, car il palpite en nous-mêmes, compose notre puissance.
La galanterie est le repos de l'amazone, et elle lui offre l'occasion d'exercer sa puissance.
L'absence de galanterie réduit le masculin à la faculté d'intimider et à la lourdeur.
Ceux qui ont inventé le misogyne ont eu la prétention d'évacuer le féminin, ils n'ont réussi qu'à compliquer bizarrement le masculin ou à le mutiler.
On atomise les salariés, on les badge, on les manage, on délocalise, on restructure, et finalement on les coupe de leur puissance propre.
La performance narcissique est une ambition d'image, une compensation de l'impuissance réelle à laquelle nous voue notre travail aliénant.
Dépourvue d'enjeux humains, la course à la performance et au rendement est justement ce qui nous fait échouer.

Œuvres de Vincent Cespedes

I Loft You (2001)J'aime, donc je suis. A la découverte de votre philosophie amoureuse (2009)Je t'aime: Une autre politique de l'amour (2003)L'Ambition, ou l'épopée de soi (2013)L'Homme expliqué aux femmes (2010)Magique étude du Bonheur (2010)Mai 68 - La philosophie dans la rue! (2008)Maraboutés (2004)Maraboutés (2004), Guérit toutes les maladiesMaraboutés (2004), Voyance sur photoMélangeons-nous. Enquête sur l'alchimie humaine (2006)Radio Le Mouv', 19 mars 2014Tous philosophes ! 40 invitations à philosopher (2008)