Œuvre

L'Homme expliqué aux femmes (2010)

Je t'aime devrait toujours signifier : tu me fais plaisir au plus haut point.
Faire de l'amitié passionnante le support de l'amour. Faire du coït la crème superflue d'un lent enchantement. Faire extrêmement plaisir. Faire attention. Faire illusions. Faire sensation.
On aime pour faire famille, au lieu de faire famille parce qu'on s'aime.
La fidélité ne se décrète pas : elle se vit comme un choix personnel, une évidence pour nous-mêmes et non une preuve à adresser à l'autre.
Où sont les hommes ? Les vrais, ceux qui se tiennent droit, parlent en connaissance de cause, savent combler une femme et bercer un enfant ?
A quoi bon ouvrir les yeux si ce n'est pour souffrir ou dormir davantage ?
La masculinité d'hier entretenait un rapport étroit avec la paranoïa.
Encouplés dès que la relation devient sérieuse (et il faut qu'elle le devienne, toute l'arnaque de l'encouplement réside dans cet adjectif-là !).
La flemme d'aimer est à la fois la lassitude de faire l'amour et la fatigue de créer des relations d'amour.
Nous sommes poussés à être libre-sexuels (parce que libres) et sexuellement fliqués (parce que encouplés).
Une virilité pleine et entière, non complexée : vivre son corps comme une évidence, sans éprouver le besoin d'en exhiber la masculinité.
Les femmes nous qualifient de virils dès que nous possédons ces quatre attributs : un visage intense, un sourire latent, un aplomb naturel, une vitalité posée.
Trois couches de conditionnement : la pudeur, la morale et la loi. Or la puissance réside dans la remise en jeu et en cause de ces conditionnements.
La méprise numéro un des assoifés de pouvoir : croire que le pouvoir mène à la puissance, alors qu'il les en éloigne un peu plus à chaque fois qu'il enfle et s'impose en tant qu'autorité.
L'autorité, voilà justement ce que les puissants défient par leur simple présence, sans le vouloir.
La puissance, comme le pouvoir, nous permet de dire non, mais le non de qui a du pouvoir vient du portefeuille ou du statut ; le non de qui est puissant vient du corps.
Le modèle de la virilité inhospitalière et va-t-en-guerre en a désespéré plus d'un.
Notre crise est d'abord ce moment où nous renouons avec la sensibilité, où nous réapprenons les vertus de l'empathie, où nous refusons de rompre le fil iridescent qui nous relie aux merveilles de l'enfance.
Plus le drainage virtuel nous assagit, plus nous éprouvons l'énergie qui nous pousse à fricoter corps à corps, vie contre vie, comme une débauche de vitalité inutile et immature.
Ne s'embrouiller qu'au téléphone, ne s'ennuyer qu'aux heures de pointe, ne draguer qu'avec de l'écran dans les yeux. Utopie-cauchemar de la désimplification affective et de la désincarnation prises comme des preuves de liberté.
Faire l'amour rend heureux et amoureux. Nul besoin de multiplier les études pour démontrer les vertus de cette féérie-là.
Aucune alternative proposée aux nouvelles générations, malgré le fiasco généralisé de cette institution devenue obsolète : S'aimer, c'est s'engager à deux.
Voici que l'encouplement et son lot de culpabilisations effectuent un come-back écrasant, au moment même où il est devenu parfaitement inutile, donc parfaitement impossible.
Etre nous, hommes des sociétés aux femmes libérées MAIS aux moeurs encouplantes, c'est vivre une interminable frustration.
Le mépris ne défie pas : il écrase. Le fanatisme n'éveille pas : il brutifie.