Je déteste les hommes, mais ils sont en même temps mon unique raison de vivre.
Auteur
Thomas Bernhard
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Les gens falsifient tout, ils falsifient jusqu'à l'enfance qu'ils ont eue. Ils disent, j'ai eu une belle enfance, et ils n'ont tout de même eu que l'enfer.
L'enfance est le trou noir où l'on a été précipité par ses parents et d'où l'on doit sortir sans aucune aide.
Presque tous les enfants ont des parents amers, c'est pourquoi tous les parents ont l'air si amer.
Dès mon enfance je l'ai évitée, la masse, j'ai détesté la foule, le rassemblement de gens, cette concentration de grossièreté et d'étourderie et de mensonge. Autant nous devrions aimer chacun en particulier, me dis-je, autant nous détestons la masse.
La faim culturelle de l'humanité civilisée est énorme, la perversité qui se cache là-dedans, universelle.
Nous haïssons les gens et nous voulons tout de même vivre avec eux, parce que c'est seulement avec les gens et parmi eux que nous avons une chance de continuer à vivre et de ne pas devenir fous.
Il n'y a rien à célébrer, rien à condamner, rien à dénoncer, mais il y a beaucoup de choses dérisoires; tout est dérisoire quand on songe à la mort.
Celui qui pense dissout, dépasse, consterne, démolit, désagrège, car penser consiste très exactement en la dissolution systématique de tous les concepts.
Les époques sont insanes, le démoniaque en nous est un éternel cachot patriotique, au fond duquel la bêtise et la brutalité nous sont devenues les éléments de notre détresse quotidienne.
Eclaircir l'existence, non seulement la percer à jour mais quotidiennement l'éclairer jusqu'au suprême degré possible, c'est la seule possibilité d'en venir à bout.
Maintes fois, tous nous relevons la tête en croyant qu'il nous faut dire la vérité ou la vérité apparente et nous la rentrons de nouveau dans les épaules. C'est tout.
L'homme n'aime pas la liberté, tout le reste est mensonge, l'homme ne sait rien faire de la liberté.
Il n'y a rien à célébrer, rien à condamner, rien à dénoncer, mais il y a beaucoup de choses dérisoires tout est dérisoire quand on songe à la mort.
Il était tout sauf un discoureur ou même un phraseur, dans un monde qui semble n'être fait que de discoureurs et de phraseurs.
Nous évitons ceux qui sont marqués par la mort.
Parmi les nouveaux riches, comme on disait, vers mil neuf cent, la grande mode était de se faire peindre sous couvert de mécénat. Au fond, les Wittgenstein, comme leurs semblables, se fichaient éperdument de l'art, mais ils voulaient jouer les mécènes.
Avec les médecins, j'ai eu des relations amicales tant que j'ai eu de l'argent, mais dès qu'on n'en a plus, ils vous traitent comme du bétail, disait-il souvent.
La ministre ronflait, pas très fort certes mais elle ronflait, de ce discret ronflement de ministre connu dans le monde entier.
L'ascenseur était en panne, le couloir plongé dans une obscurité totale, et nous montions à tâtons, nous encourageant mutuellement par nos halètements.
Les psychiatres sont en fait les vrais démons de notre époque. Sans foi ni loi, ils se livrent à leurs activités couvertes, au plein sens du terme, d'une manière scandaleusement inattaquable.
Il méprisait la société actuelle, qui en tout et à tout propos renie sa propre histoire, et qui, ce faisant, n'a ni passé ni avenir, comme il s'est une fois exprimé, et qui est devenue la proie de l'abrutissement par la science atomique.
Avouons-le, les têtes qui nous sont la plupart du temps accessibles sont inintéressantes, nous n'en tirons guère plus que si nous nous trouvions en compagnie de pommes de terre hypertrophiées, qui, plantées sur des corps souffreteux affublés de vêtements d'un goût discutable, traîneraient une existence piteuse, mais hélas pas du tout pitoyable.
Les malades ne comprennent pas les bien-portants, tout comme, inversement, les bien-portants ne comprennent pas les malades, et ce conflit est très souvent un conflit mortel, que le malade, en fin de compte, n'est pas de taille à affronter, mais, bien entendu, pas davantage le bien-portant, qu'un tel conflit, souvent, rend malade.
Accepter un prix, cela ne veut rien dire d'autre que se laisser chier sur la tête parce qu'on est payé pour ça. J'ai toujours ressenti ces remises de prix comme la pire humiliation qu'on puisse imaginer, et pas comme un honneur. Car un prix est toujours décerné par des gens incompétents qui veulent vous chier sur la tête quand on accepte leur prix en mains propres.
Œuvres de Thomas Bernhard
Béton (1982)Des arbres à abattre (1987)Extinction (1986)Gel (1962)L'Origine: Simple indication (1981)La Cave (1976)Le Neveu de Wittgenstein (1982)Le froid (1984)Le naufragé (1983)Le souffle (1980)Les Mange-pas-cher (1980)Maîtres anciens (1985)Mes prix littéraires (2010)Oui (1980)Perturbation (1967)Un enfant (1982)