Auteur

Simone Weil

C'est d'ailleurs seulement parce que l'esprit historique consiste à croire les meurtriers sur parole que ce dogme semble si bien répondre aux faits
Le dogme du progrès déshonore le bien en en faisant une affaire de mode. C'est d'ailleurs seulement parce que l'esprit historique consiste à croire les meurtriers sur parole que ce dogme semble si bien répondre aux faits.
C'est d'ailleurs seulement parce que l'esprit historique consiste à croire les meurtriers sur parole, que ce dogme [du progrès] semble si bien répondre aux faits.
Ce serait une erreur de croire que la sensibilité à la beauté est le privilège d'un petit nombre de gens cultivés. Au contraire, la beauté est la seule valeur universellement reconnue.
La beauté est la seule valeur universellement reconnue.
Ce serait une erreur de croire que la sensibilité à la beauté est le privilège d'un petit nombre de gens cultivés. Au contraire, la beauté est la seule valeur universellement reconnue. Dans le peuple, on emploie constamment le terme de beau ou des termes synonymes pour louer non seulement une ville, un pays, une contrée, mais encore les choses les plus imprévues, par exemple une machine. Le mauvais goût général fait que les hommes, cultivés ou non, appliquent souvent très mal ces termes mais c'est une autre question. L'essentiel, c'est que le mot de beauté parle à tous les coeurs.
L'essentiel, c'est que le mot de beauté parle à tous les coeurs.
La beauté est un mystère, elle est ce qu'il y a de plus mystérieux ici-bas. Mais elle est un fait. Tous les êtres en reconnaissent le pouvoir, y compris les plus frustes ou les plus vils, quoique fort peu en possèdent le discernement et l'usage.
Il n'y a ici-bas, à proprement parler, qu'une seule beauté, c'est la beauté du monde. Les autres beautés sont des reflets de celle-là, soit fidèles et purs, soit déformés et souillés, soit même diaboliquement pervertis.
En fait, le monde est beau. Quand nous sommes seuls en pleine nature et disposés à l'attention, quelque chose nous porte à aimer ce qui nous entoure, et qui n'est fait pourtant que de matière brutale, inerte, muette et sourde. Et la beauté nous touche d'autant plus vivement que la nécessité apparaît d'une manière plus manifeste, par exemple dans les plis que la pesanteur imprime aux montagnes ou aux flots de la mer, dans le cours des astres. Dans la mathématique pure aussi, la nécessité resplendit de beauté.
Sans doute l'essence même du sentiment de la beauté est-elle le sentiment que cette nécessité dont une des faces est contrainte brutale a pour autre face l'obéissance à Dieu. Par l'effet d'une miséricorde providentielle, cette vérité est rendue sensible à la partie charnelle de notre âme et même en quelque sorte à notre corps.
Nous avons tous les jours sous les yeux l'exemple de l'univers, où une infinité d'actions mécaniques indépendantes concourent pour constituer un ordre qui, à travers les variations, reste fixe. Aussi aimons-nous la beauté du monde, parce que nous sentons derrière elle la présence de quelque chose d'analogue à la sagesse que nous voulons posséder pour assouvir notre désir du bien.
Il y a malheureusement beaucoup de moments, et même de longues périodes de temps où nous ne sommes pas sensibles à la beauté du monde parce qu'un écran se met entre elle et nous, soit les hommes et leurs misérables fabrications, soit les laideurs de notre propre âme. Mais nous pouvons toujours savoir qu'elle existe. Et savoir que tout ce que nous touchons, voyons et entendons est la chair même et la voix même de l'Amour absolu.

Œuvres de Simone Weil

A propos de la question coloniale dans ses rapports avec le destin du peuple français (1943)Attente de DieuAttente de Dieu (1942)Cahiers (1956), 2Cahiers (1956), 3Carnets (1935)Citée par Gustave Thibon dans L'ignorance étoilée (1974)Conditions premières d'un travail non servile (2014)Ecrits historiques et politiques (1960)Ecrits historiques et politiques, 1. L'engagement syndical (1927-juillet 1934) (1988)Intuitions pré-chrétiennes (1951)L'EnracinementL'Enracinement (1943)L'Enracinement (1943), I, Les besoins de l'âmeL'Enracinement (1943), IIILa Condition ouvrière (1951)La Condition ouvrière (1951), XV. Expérience de la vie d'usine (Marseille, 1941-1942)La Connaissance surnaturelle (1950)La Pesanteur et la Grâce (1947)La Pesanteur et la Grâce (1947), Détachement