Auteur

Simone Weil

La vulnérabilité des choses précieuses est belle parce que la vulnérabilité est une marque d'existence.
Le temps est une image de l'éternité, mais c'est aussi un ersatz de l'éternité.
C'est un grand danger que celui d'aimer Dieu comme un joueur aime le jeu.
Aimer purement, c'est consentir à la distance, c'est adorer la distance entre soi et ce qu'on aime.
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? Là est la véritable preuve que le christianisme est quelque chose de divin.
Dieu ne peut être présent dans la création que sous la forme de l'absence.
Considérer toujours les hommes au pouvoir comme des choses dangereuses.
Il faut éliminer le malheur autant qu'on le peut de la vie sociale, car le malheur ne sert qu'à la grâce et la société n'est pas une société d'élus. Il y aura toujours assez de malheur pour les élus.
Entre deux hommes qui n'ont pas l'expérience de Dieu, celui qui le nie en est peut-être le plus près.
Les hommes n'imaginent pas qu'on puisse leur infliger les malheurs qu'ils trouvent tout naturel d'infliger à autrui.
L'extrême pureté peut contempler le pur et l'impur ; l'impureté ne peut ni l'un ni l'autre : le premier lui fait peur, le second l'absorbe.
Nous ne possédons rien au monde - car le hasard peut tout nous ôter -, sinon le pouvoir de dire je. C'est cela qu'il faut donner à Dieu, c'est-à-dire détruire.
Dans notre société la différence d'instruction produit, plus que la différence de richesse, l'illusion de l'inégalité sociale.
Le peuple a besoin de poésie comme de pain. Non pas la poésie enfermée dans les mots ; celle-la, par elle-même, ne peut lui être d'aucun usage. Il a besoin que la substance quotidienne de sa vie soit elle-même poésie.
Le seul organe de contact avec l'existence est l'acceptation, l'amour.
Ce qui permet de contempler la nécessité et de l'aimer, c'est la beauté du monde. Sans la beauté ce ne serait pas possible.
L'amour pur est cette force agissante, l'amour qui ne veut à aucun prix, en aucun cas, ni du mensonge ni de l'erreur.
L'acquisition des connaissances fait approcher de la vérité quand il s'agit de la connaissance de ce qu'on aime, et en aucun autre cas.
Le travail physique constitue un contact spécifique avec la beauté du monde, et même, dans les meilleurs moments, un contact d'une plénitude telle que nul équivalent ne peut se trouver ailleurs.
Le travail physique consenti est, après la mort consentie, la forme la plus parfaite de la vertu d'obéissance.
Il n'y a aucune possibilité de satisfaire chez un peuple le besoin de vérité si l'on ne peut trouver à cet effet des hommes qui aiment la vérité.
Le vrai critérium, pour la propriété, est qu'elle est légitime pour autant qu'elle est réelle.
La force sociale ne va pas sans mensonge. Aussi tout ce qu'il y a de plus haut dans la vie humaine, tout effort de pensée, tout effort d'amour est corrosif pour l'ordre.
L'enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l'âme humaine.
La vérité, c'est que l'esclavage avilit l'homme jusqu'à s'en faire aimer ; que la liberté n'est précieuse qu'aux yeux de ceux qui la possèdent effectivement.

Œuvres de Simone Weil

A propos de la question coloniale dans ses rapports avec le destin du peuple français (1943)Attente de DieuAttente de Dieu (1942)Cahiers (1956), 2Cahiers (1956), 3Carnets (1935)Citée par Gustave Thibon dans L'ignorance étoilée (1974)Conditions premières d'un travail non servile (2014)Ecrits historiques et politiques (1960)Ecrits historiques et politiques, 1. L'engagement syndical (1927-juillet 1934) (1988)Intuitions pré-chrétiennes (1951)L'EnracinementL'Enracinement (1943)L'Enracinement (1943), I, Les besoins de l'âmeL'Enracinement (1943), IIILa Condition ouvrière (1951)La Condition ouvrière (1951), XV. Expérience de la vie d'usine (Marseille, 1941-1942)La Connaissance surnaturelle (1950)La Pesanteur et la Grâce (1947)La Pesanteur et la Grâce (1947), Détachement