Auteur

Simone Weil

La beauté séduit la chair pour obtenir la permission de passer jusqu'à l'âme.
Une oeuvre d'art a un auteur, et pourtant, quand elle est parfaite, elle a quelque chose d'essentiellement anonyme. Elle imite l'anonymat de l'art divin. Ainsi la beauté du monde prouve un Dieu à la fois personnel et impersonnel, et ni l'un ni l'autre.
Le présent, nous y sommes attachés. L'avenir, nous le fabriquons dans notre imagination. Seul le passé, quand nous ne le refabriquons pas, est réalité pure.
Dieu et l'humanité ressemblent à deux amants qui, ayant fait erreur sur le lieu de rendez-vous, ne se rejoignent jamais.
La pesanteur et la grâce.
Aimer la vérité signifie supporter le vide, et par suite accepter la mort. La Vérité est du côté de la mort.
Tout vide non accepté produit de la haine, de l'aigreur, de l'amertume, de la rancune. Le mal qu'on souhaite à ce qu'on hait, et qu'on image rétablit l'équilibre.
Décréation: faire passer du crée dans l'incrée. - Destruction: faire passer du crée dans le néant. Ersatz coupable de la décréation.
Mort. Etat instantané, sans passé ni avenir. Indispensable pour l'accès à l'éternité.
Un critérium du réel, c'est que c'est dur et rugueux. On y trouve des joies, non de l'agrément. Ce qui est agréable est rêverie.
Etages de croyance. La vérité la plus vulgaire, quand elle envahit toute l'âme, est comme une révélation.
L'attention, à son plus haut degré, est la même chose que la prière. Elle suppose la foi et l'amour.
On dit souvent que la force est impuissante à dompter la pensée; mais pour que ce soit vrai, il faut qu'il y ait pensée. Là où les opinions irraisonnées tiennent lieu d'idées, la force peut tout.
Nous fuyons le vide intérieur parce que Dieu pourrait s'y glisser.
Il n'y a qu'une seule et même raison pour tous les hommes; ils ne deviennent étrangers et impénétrables les uns aux autres que lorsqu'ils s'en écartent.
L'enfer est du néant qui a de la prétention et donne l'illusion d'être.
Argent, machinisme, algèbre: les trois monstres de la civilisation actuelle.
L'attention créatrice consiste à faire réellement attention à ce qui n'existe pas.
L'esclavage m'a fait perdre tout à fait le sentiment d'avoir des droits.
Il faut que la vie sociale soit corrompue jusqu'en son centre lorsque les ouvriers se sentent chez eux dans l'usine quand ils font grève, étrangers quand ils travaillent. Le contraire devrait être vrai.
Le mot de révolution est un mot pour lequel on tue, pour lequel on meurt, pour lequel on envoie les masses populaires à la mort, mais qui n'a aucun contenu.
La bonne volonté éclairée des hommes agissant en tant qu'individus est l'unique principe possible du progrès social.
Aider la France à trouver au fond de son malheur une inspiration conforme à son génie et aux besoins actuels des hommes en détresse. Répandre cette inspiration, une fois retrouvée ou du moins entrevue, à travers le monde.
L'unique source de salut et de grandeur pour la France, c'est de reprendre contact avec son génie au fond de son malheur.
Jamais en aucun cas je ne consentirai à juger convenable pour un de mes semblables, quel qu'il soit, ce que je juge moralement intolérable pour moi-même.

Œuvres de Simone Weil

A propos de la question coloniale dans ses rapports avec le destin du peuple français (1943)Attente de DieuAttente de Dieu (1942)Cahiers (1956), 2Cahiers (1956), 3Carnets (1935)Citée par Gustave Thibon dans L'ignorance étoilée (1974)Conditions premières d'un travail non servile (2014)Ecrits historiques et politiques (1960)Ecrits historiques et politiques, 1. L'engagement syndical (1927-juillet 1934) (1988)Intuitions pré-chrétiennes (1951)L'EnracinementL'Enracinement (1943)L'Enracinement (1943), I, Les besoins de l'âmeL'Enracinement (1943), IIILa Condition ouvrière (1951)La Condition ouvrière (1951), XV. Expérience de la vie d'usine (Marseille, 1941-1942)La Connaissance surnaturelle (1950)La Pesanteur et la Grâce (1947)La Pesanteur et la Grâce (1947), Détachement