La beauté a sa propre poésie. Elle fait du bien à ceux qui savent la voir.
Auteur
Sébastien Spitzer
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Pour survivre, il faut s’oublier. Oublier l’épuisement. Oublier les blessures. Oublier ce creux au bide. Oublier ses besoins et les odeurs d’urine et de merde qui collent à la peau parce qu’ils n’ont pas d’autre choix que de se chier dessus, sans perdre la cadence.
Pour survivre, il faut s’oublier.
Te souviens-tu de nos promenades en Thuringe, à Ettersberg, quand nous nous rendions sous le même chêne que Goethe, celui sous lequel la légende veut qu'il s'installât pour méditer ? Nous nous y étions assis tous les deux en tailleur, adossés à son tronc, et nous fermions les yeux pour sentir l'« âme du maître ». La seule chose que tu avais sentie, c'était le picotement de la fourmilière sur laquelle nous nous étions assis. Tu t'étais levée d'un bond. Tu avais douze ans, je crois. Et nous avions bien ri.
C'est sans doute le propre des grandes civilisations que d'atteindre des sommets dans l'art de faire du mal.
La dernière chose que nous possédons, c'est notre histoire. Il y a deux mille ans, nous avons dû quitter notre terre, notre Jérusalem, nos temples, nos rois et nos armées. Nous avons été riches, pauvres, puissants, chassés et pourchassés. Nous avons construit des temples en bois, en pierre. Ils ont été brûlés. Nous en avons construit d'autres. Vous les avez fait fermer. Mais notre histoire, personne ne nous la volera. Elle est inaliénable. On essaiera de nous tuer, jusqu'au dernier. On essaiera de trahir, de falsifier, d'effacer... Mais il y aura toujours un scribe pour recopier, un homme pour lire, un écrit quelque part.
La dernière chose que nous possédons, c'est notre histoire.
Ma mère. Je n’ai pas pu l’embrasser! Les soldats nous ont tassés dans des trains pour la Pologne. Mon cousin est mort de froid, à côté de moi. C’était la première fois que je voyais un mort. Et il avait mon âge ! Sur le quai de l’arrivée, on a reçu d’autres coups. Olejak nous a sélectionnés, mon père et moi, pour son camp. Je suis devenu un homme au fond d’une mine.
Il désignait les coupables de la crise par leur nom : le banquier Schultz, le ministre Weiss et laissait à la foule le soin de les réduire : « Juifs ! ?Le patron Köhn et le général Kinzbergersten. ?Juifs ! Juifs ! » râlaient quinze mille personnes à chaque nom en pâture. C'était un roulement de locomotive qui crachait « Juif », comme « suif » à chaque tour de bielle, comme l'hélice d'un paquebot propulsant des milliers d'âmes à coup de pales fendant les flots : « Juifs ! Juifs ! »
Apprendre à étouffer ses doutes, les jeter, s'en débarrasser. Le poids des morts est un fardeau. Les doutes détruisent. Les certitudes élèvent. Les ambitions, la volonté, la force et le courage font la grandeur. Le doute est une mort lente, un épuisement de la race. Il y aura une victoire ou une chute.
Les doutes détruisent. Les certitudes élèvent.
Les ambitions, la volonté, la force et le courage font la grandeur.
Le Qaddish est une géographie du deuil, une traduction de la peine qui dépasse toute les peines.Cette prière comble le gouffre entre ce qui était et ce qui n'est plus, le proche devenu lointain.C'est ce fossé insupportable que le Kaddish répare en sept mots, vingt-huit lettres, ni plus ni moins.
Les rêves s'effondrent quand ils deviennent passionnants. Quand ils nous crochent, nous happent, sans prévenir.
C'est idiot d'être nostalgique. Il faudrait affronter le présent sans jamais ressentir le tremblement des sentiments passés.
Il n'y a pas de justice. Il n'y a que des décisions.
Le mépris, le dégoût de soi, ça vous met l'âme en morceaux. Une marmelade d’orgueil mélangé au remords. Mais il y a pire encore. Le blâme et l’opprobre au sein des prisonniers, le refus de la solidarité quand tout se tient là. Le dos tourné des survivants est bien plus douloureux que le mal des bourreaux. L'injustice altère. L'ignominie réduit. La soumission gangrène.
Dans ce camp, ce sont les prisonniers qui construisent leur propre prison. Nous passons nos journées à nous enfermer.
Mes lettres sont des boomerangs. Elles me sont toutes revenues. J'ai profité de la nuit pour glisser des mots sous ta porte. ils sont restés lettre morte.
Les soldats meurent au combat. C'est dans l'ordre des choses. Et quand l'ordre s'inverse, quand l'encre de l'armistice est sèche, ce sont les chefs qui meurent. Les soldats, eux, rentrent chez eux.
Il n'y a que des victoires et des défaites, les récits des vainqueurs et l'oubli des vaincus.
Adolf jure sur son oeuvre qu'il est de pure souche aryenne, Eva Braun fait de même. L'un après l'autre, ils déclarent qu'ils ne sont affligés d'aucune maladie héréditaire, d'aucune tare, maladie mentale, maladie vénérienne, épilepsie... qui pourrait entacher leur descendance et la race. Quelle race ? Quelle descendance? Magda se figure qu'ils n'auront jamais d'enfants. L'autre n'en a jamais voulu. Aux hommes, il préfère les chiens, ses chiens. Aux femmes aussi d'ailleurs. Et pourtant c'est bien cet homme qui s' est porté garant de la pureté de la race...
Bonne maman avait tort. Aimer, ce n'est pas seulement quand on s'est perdus. C'est aussi se retrouver.
Aimer, ce n'est pas seulement quand on s'est perdus. C'est aussi se retrouver.
À l’entrée de l’exposition, un immense bloc de houille, d’une bonne vingtaine de tonnes, est érigé comme un totem. C’est lui qui fait tourner les usines d’Angleterre. Ce bloc est le coeur sec et froid d’un nouveau monde sans coeur.