C'est ainsi. On ne voit jamais sur son propre menu ce qui tente les autres. On ne voit jamais sur son propre menu une chose aussi tentante que celle qui tente les autres.
Auteur
Philippe Delerm
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Fainéanter dans un monde neuf est la plus absorbante des occupations. C'est une assez bonne définition de la lecture, et la définition la plus subtile de l'appétit.
L'amour est presque méprisable, quand il efface autour de lui le monde.
Grimoire : Un joli mot à deux entrées, moitié gribouillis, moitié mémoire, qui coule dans la bouche avant de fuir en entonnoir.
On naît bicyclette ou vélo, c'est presque politique. Mais les vélos doivent renoncer à cette part d'eux-mêmes pour aimer - car on n'est amoureux qu'à bicyclette.
Qui peut prétendre avoir aimé assez ceux qu'il a choisi d'aimer ?
Elle savait bien que tout était déjà dit, que vivre c'était recréer à l'infini un éternel humain. Le principe même du théâtre.
Bien sûr il y avait maintenant ce rectangle menaçant, comme un faire-part : Fumer tue. Oui, fumer tue. Mais vivre tue aussi.
Le snobisme est toujours une exclusion de l'autre. Comment mieux l'exclure qu'en multipliant le présent par le passé ?
C'était bien d'imaginer la neige tout autour pour se calfeutrer au fond des draps.
Je ne m'intéresse qu'aux choses de l'esprit, et ces choses on peut en jouir entre quatre murs les plus nus, une table de bois blanc, un escabeau, de quoi écrire et le moindre lumignon y suffisant.
Mais on n'est pas non plus de ceux qui ont envie de lire seulement ce que les autres lisent.
Pour le coup, l'insistance de Monet entraîna ma rêverie vers d'autres horizons. J'aimais Julia. Sa passion pour la peinture m'interdisait tout espoir. Je n'étais pas un artiste et je savais trop qu'elle ne pouvait aimer qu'un créateur.
Aujourd'hui, le rugby tamponne beaucoup, on voit surtout des collisions entre des grands costauds, alors que le jeu d'antan avait ses ogres et ses lutins.
Oh lui rien ne l'inquiète. A tout âge c'est doux d'avoir un gros nounours.
L'odeur des pommes est douloureuse. C'est celle d'une vie plus forte, d'une lenteur qu'on ne mérite plus.
Il neige au fond de soi, dans un hiver inaccessible où le léger l'emporte sur le lourd. La neige est douce au fond de l'eau.
Il s'était éloigné de sa maison, de sa mère, de christina. Mais on en quitte pas l'enfance. On en garde la blessure, l'exigence, et des visages restent là, inflexibles témoins de ce qu'il faut donner pour essayer de se mériter soi-même.
Ils ne devaient jamais se recevoir l'un chez l'autre. Ils se parlaient très peu. La presse, la télévision, le pays entier les comparaient sans cesse, les opposaient. Eux se coudoyaient sur le bitume. Il y avait la France de Jacques Anquetil et la France de Raymond Poulidor. On ne savait pas que c'était la même.
Pour l'orateur, les gens de qualité sont ceux qui l'écoutent.
Il n'y a pas de tendresse sans inquiétude. Aimer, c'est avoir quelqu'un à perdre, et c'est donc avoir peur
On vit près d'un enfant. On s'approche d'un mystère. Ses jolis mots nous touchent et nous amusent. Parfois, ils reposent sur une apparente maladresse de langage. Mais on sait bien. En fait, ils sont la marque d'une supériorité. Avec les mots que nous lui apprenons, il dit ailleurs et davantage.
L'homme est un animal singulier. Il a reçu le don de la parole, mais l'abrite souvent sous des précautions oratoires plus ou moins subtiles. « En tout état de cause », «en revanche», «en même temps» précèdent alternativement ce qu'il va dire. Mais la plus étrange est sans doute « c'est pas pour dire », suivie d'un mais qui annonce que l'on va dire beaucoup. En fait, il va moins s'agir de dire que de médire.
Il aimait ça, le Monopoly. Ça lui rappelait des souvenirs d'enfance, des parties interminables avec des cousins, quand il pleuvait, l'été, la banque n'en finissait pas de faire crédit.
L'honnêteté, une vertu qui semble d'évidence pour ceux qui la pratiquent, et fait jeter le voile de la méfiance sur ceux qui la revendiquent.
Œuvres de Philippe Delerm
Autumn (1988)Dickens, barbe à papa et autres nourritures délectables (2005)Ecrire est une enfance (2011)Elle marchait sur un fil (2014)Et vous avez eu beau temps ? La perfidie ordinaire des petites phrasesJe vais passer pour un vieux con (2012)L'envolLa Cinquième SaisonLa Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules (1997), La bicyclette et le véloLa Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules (1997)La première gorgée de bièreLe trottoir au soleil (2011)Les mots que j'aime (2013)Maintenant, foutez-moi la paix ! (2006)Sundborn ou les Jours de lumière (1996)Sur la Nouvelle République.fr, 5 octobre 2014.Tout et son contraire, émission de Philippe Vandel sur France Info, 4 novembre 2009.Traces (2008)