Auteur

Philippe Delerm

«On pourrait presque...» - C'est bon, la vie au conditionnel.
... je me souviens de ce bonheur-désordre sur ta table.
Si tu n'étais pas morte... Ces mots ne dansent pas sur mon cahier, mais blessent le silence de la marge.
Tu ne revivras pas, mais il y a ce chemin des mots qui mène un peu plus près de ton sourire; le souvenir ne te rend pas, mais tu sourds quelquefois de cette folie douce de t'écrire, avec au bout le son-vertige de ta voix.
Les filles sont un autre monde, et je m'en souviendrai. Elles deviendront cet ailleurs difficile où je te reconnais, pays à inventer pour le bonheur de passer la frontière.
J'apprends comme il est simple et fort d'aimer tout seul.
Il faut partir ou bien rester, cela revient au même gris. Je t'écris ça ce soir avec cette envie de mourir, la fatigue si longue; le chagrin seul me tient ici, brûlure au creux de la poitrine.
On se surprend à marcher sur le bord du trottoir comme on faisait enfant, comme si c'était la marge qui comptait, le bord des choses.
Trop tard? L'avenir sera ce que vous en ferez.
Parfois on dit: «On aurait presque pu...» Là, c'est la phrase triste des adultes qui n'ont gardé en équilibre sur la boîte de Pandore que la nostalgie.
En espadrilles, on est tout juste assez civilisé pour tutoyer le globe, sans l'appréhension rétive du pied nu méfiant, sans l'excessive assurance du pied trop bien chaussé.
(Dans le journal du petit déjeuner) - On y lit que le monde se ressemble, et que le jour n'est pas pressé de commencer.
J'aime la mélancolie de ce passant. Il n'a plus aucune de ces prétentions du paraître qui nous amenuisent tant dans la vraie vie, nous contraignent à cacher nos blessures, nos tristesses.
Il se sentit délicieusement en fraude ...
Ce n'est pas ce que l'on dit qui compte, mais ce qu'on entend.
Plus on va dans l'infime, plus on a de chances de trouver l'universel.
Le bonheur c'est d'avoir quelqu'un à perdre.
Bonheur: un mot fragile, évanescent, léger, surtout.
Arnold n'en finit pas d'entasser les vieux journaux au fond du couloir. Il aime s'appuyer sur le coussin des vieux jours.
Le fast-food est un plaisir pervers. Une jouissance intellectuelle d'abord: la volupté de se vautrer dans du politiquement incorrect.
L'écriture est toujours la traduction d'un manque, d'une fêlure, une façon de déplacer les atomes de la réalité.
Si la liberté séduit, c'est plutôt l'abondance des contradictions qui rapproche, et aide à absorber. La rêverie morbide aussi. Et puis demeure une part de mystère irréductible.
Il y a des générosités si tardivement exprimées, si réticentes, à l'avance si soulagées de ne pas se voir raisonnablement envisagées, qu'elles apparaissent d'emblée pour ce qu'elles sont: de la courtoisie sous contrainte.
On ne pourra pas s'empêcher d'étaler, de parfaire le cercle, de commencer à dessiner avec le dos de la fourchette ces stries en diagonale et en carré - une galette de purée, l'enfance n'est pas morte.
Qu'importe, si la petite barre de chocolat au lait ne plaît pas aux papilles adultes amères, sa suavité d'enfance en est multipliée. C'est un goûter de luxe.

Œuvres de Philippe Delerm

Autumn (1988)Dickens, barbe à papa et autres nourritures délectables (2005)Ecrire est une enfance (2011)Elle marchait sur un fil (2014)Et vous avez eu beau temps ? La perfidie ordinaire des petites phrasesJe vais passer pour un vieux con (2012)L'envolLa Cinquième SaisonLa Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules (1997), La bicyclette et le véloLa Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules (1997)La première gorgée de bièreLe trottoir au soleil (2011)Les mots que j'aime (2013)Maintenant, foutez-moi la paix ! (2006)Sundborn ou les Jours de lumière (1996)Sur la Nouvelle République.fr, 5 octobre 2014.Tout et son contraire, émission de Philippe Vandel sur France Info, 4 novembre 2009.Traces (2008)