Auteur

Patrick Deville

Demander de l'argent pour soigner un malade, c'est un peu lui dire la bourse ou la vie.
Dans le monde des savants, il y a peut-être plus de jalousie, de mauvaise foi et de déceptions que partout ailleurs.
Sur le bureau, un livre de Leonardo Sciascia dans lequel une phrase est soulignée: «La science, comme la poésie, se trouve, on le sait, à un pas de la folie.»
Bientôt entre la peste et le choléra il n'y aura plus à choisir mais à guérir.
Ca peut être un but dans la vie: consumer ses jours en d'austères études en attendant à son tour l'explosion d'un vaisseau dans le cerveau.
Les civilisations à leur apogée aiment contempler l'apogée des civilisations disparues et frissonner devant l'avenir.
Le pigeon est un peu le rat du ciel, un rat auquel on aurait greffé des ailes avant de le repeindre en gris.
Un individualiste comme souvent le sont les altruistes. C'est plus tard, de trop aimer les hommes, qu'on devient misanthrope.
Un génie est peut-être au fond un malade mental. Il s'en faut de si peu.
Rien de ce qui peut s'enseigner ne mérite d'être appris, même si toute ignorance est coupable.
Sans le hasard ni la chance, le génie n'est rien.
Le portrait de l'ami est toujours un autoportrait, on lui prête les vertus qu'on aimerait lire en miroir.
Rien ne naît de rien. Tout ce qui naît doit mourir. Entre les deux, libre à chacun de mener la vie calme et droite d'un cavalier en selle.
En avançant dans la découverte de l'inconnu, le savant ressemble au voyageur qui atteint des sommets de plus en plus élevés, d'où sa vue aperçoit sans cesse des étendues nouvelles à explorer.
En ce moment du microscope et de la seringue absolument modernes, s'éteint l'alexandrin, tué d'un coup de maître par le jeune poète parti vendre des fusils au roi du Choa, Menelik II, futur empereur d'Ethiopie.
Le pigeon est un peu le rat du ciel, un rat auquel on aurait vissé des ailes avant de le repeindre en gris.
Yersin s'attaque au pigeon. Le pigeon est un peu le rat du ciel, un rat auquel on aurait greffé des ailes avant de le repeindre en gris.
Maintenant Yersin est un arbre. Etre arbre c'est une vie, et c'est ne pas bouger. Il atteint à la belle et grande solitude. A l'admirable ennui.
Avant que les Chinois qui se croient tout permis se permettent de donner des noms chinois à leurs villes, et jusqu'à leur capitale, n'importe quel pékin pouvait s'y retrouver sans ouvrir l'atlas. C'est donc à Guangzhou que débarque Yersin.
Yersin est un homme seul. Il sait que rien de grand jamais ne s'est fait dans la multitude. Il déteste le groupe, dans lequel l'intelligence est inversement proportionnelle au nombre des membres qui le composent. Le génie est toujours seul.

Œuvres de Patrick Deville

Kampuchéa (2011)Peste et Choléra (2012)