Auteur

Octave Mirbeau

Si pauvre qu'il soit, un homme ne vit pas que de pain. Il a droit, comme les riches, à la beauté.
Ce n'est pas de ma faute si les âmes, dont on arrache les voiles et qu'on montre à nu, exhalent une si forte odeur de pourriture.
Ah! dans les cabinets de toilette, comme les masques tombent!... Comme s'effritent et se lézardent les façades les plus orgueilleuses!...
Ah! ceux qui ne perçoivent, des êtres humains, que l'apparence et que, seules, les formes extérieures éblouissent, ne peuvent pas se douter de ce que le beau monde, de ce que la «haute société» est sale et pourrie.
L'idée de la mort, la présence de la mort aux lits de luxure, est une terrible, une mystérieuse excitation à la volupté.
D'être domestique, on a ça dans le sang...
Les lois sont toujours faites par les riches contre les pauvres.
Quand il y a quelque part un homme trop riche, il y a, par cela même, autour de lui, des gens trop pauvres.
Où il y a de l'argent... il n'y a pas d'honneur... Il y a une affaire... et ça se traite...
Les affaires sont des échanges... on échange de l'argent... de la terre... des titres... des mandats électoraux... de l'intelligence... de la situation sociale... des places... de l'amour... du génie... ce qu'on a contre ce qu'on n'a pas...
Les programmes!... Une fois nommé... les programmes sont loin... et ils courent encore...
Rien n'est capital pour le maintien de l'ordre, comme de taire le mal... Il est beaucoup moins important de faire le bien que de taire le mal... Taire le mal... taire le mal... l'empêcher si l'on peut... mais, surtout, le taire...
Tout le monde a de l'argent... mais personne n'en donne...
On vit en travaillant... On ne s'enrichit qu'en faisant travailler.
Hélas! j'ai eu dans ma vie assez d'amis, d'excellents, fidèles et très chers amis, pour savoir que l'amitié humaine n'est le plus souvent que la culture d'une domination ou l'exploitation usuraire d'un intérêt, d'une candeur, d'une confiance.
Je ne lui demandais pourtant que peu de choses, je ne lui demandais, à ce chien, que de devenir un homme. C'était si facile, il me semble. Il s'y refusa obstinément.
Tout me fut une souffrance, car je n'avais pas encore le sentiment, si rassurant, si égoïste, de la beauté éparse dans les choses, de la beauté qui, seule, suffit à expliquer, à excuser ce malentendu, ce crime: l'univers.
Exagéré... mais l'art, imbécile, c'est une exagération... L'exagération c'est une façon de sentir, de comprendre.
Un paysage... une figure... un objet quelconque, n'existent pas en soi... Un paysage, c'est un état de ton esprit, comme la colère, comme l'amour, comme le désespoir...
La solitude, ce n'est pas de vivre seule, c'est de vivre chez les autres, chez des gens qui ne s'intéressent pas à vous, pour qui vous comptez moins qu'un chien.
Prendre quelque chose à quelqu'un, et le garder pour soi, ça c'est du vol... Prendre quelque chose à quelqu'un et le repasser à un autre, en échange d'autant d'argent que l'on peut, ça, c'est du commerce...
Concevoir une affaire, c'est concevoir un poème. L'homme d'affaires qui n'est pas, en même temps, un idéaliste, un poète, ce n'est rien... rien qu'un escroc, la plupart du temps.
La nature ne dit rien à l'enfant ni au jeune homme. Pour en comprendre l'infinie beauté, il faut la regarder avec des yeux déjà vieillis, avec un coeur qui a aimé, qui a souffert.
Ce n'est pas de mourir qui est triste... c'est de vivre quand on n'est pas heureux...
Le ridicule n'existe pas. Ceux qui, pénétrés de cette vérité, osèrent le braver en face, conquirent le monde.

Œuvres de Octave Mirbeau

Combats esthétiques (1993)Combats politiques (1990)Dans le ciel (1989)Dingo (1913)Journal d'une femme de chambre (1900)L'Abbé Jules (1888)La 628-E8 (1907)La Grève des électeurs (1902)Le Foyer (1908)Le Jardin des supplices (1899)Les EcrivainsLes Ecrivains (1925)Les Mauvais bergers (1897)Les Vingt et un Jours d'un neurasthénique (1901)Les affaires sont les affairesLes affaires sont les affaires (1903)Lettres de ma chaumière (1885)Sébastien Roch (1890)