La Vérité totalitaire exclut la relativité, le doute, l'interrogation et elle ne peut donc jamais se concilier avec ce que j'appellerais l'esprit du roman.
... les termites de la réduction rongent la vie humaine depuis toujours: même le plus grand amour finit par être réduit à un squelette de souvenirs chétifs.
... le flirt avec l'avenir est le pire des conformismes, la lâche flatterie du plus fort. Car l'avenir est toujours plus fort que le présent. C'est bien lui, en effet, qui nous jugera. Et certainement sans aucune compétence.
... la seule raison d'être du roman est de dire ce que seul le roman peut dire.
Le roman n'examine pas la réalité mais l'existence. Et l'existence n'est pas ce qui s'est passé, l'existence est le champ des possibilités humaines, tout ce que l'homme peut devenir, tout ce dont il est capable.
Le romancier n'est ni historien ni prophète: il est explorateur de l'existence.
Toutes les grandes oeuvres (et justement parce qu'elles sont grandes) contiennent une part d'inaccompli.
Aujourd'hui on peut faire de la musique avec des ordinateurs, mais l'ordinateur a toujours existé dans la tête des compositeurs ...
Le roman est une méditation sur l'existence vue au travers de personnages imaginaires.
... composer un roman c'est juxtaposer différents espaces émotionnels, et que c'est là, selon moi, l'art le plus subtil d'un romancier.
... partout où le pouvoir se déifie, il produit automatiquement sa propre théologie ...
... le poète au service d'une autre vérité que celle qui est à découvrir (qui est éblouissement) est un faux poète.
Les vrais génies du comique ne sont pas ceux qui nous font rire le plus, mais ceux qui dévoilent une zone inconnue du comique.
Un roman n'est souvent, me semble-t-il, qu'une longue poursuite de quelques définitions fuyantes.
L'infantocratie: l'idéal de l'enfance imposé à l'humanité.
Le trait distinctif du vrai romancier: il n'aime pas parler de lui-même.
L'assommant primitivisme rythmique du rock: le battement du coeur est amplifié pour que l'homme n'oublie pas une seconde sa marche vers la mort.
... les grands romans sont toujours un peu plus intelligents que leurs auteurs.
... voilà la vraie et seule raison d'être de l'amitié: procurer un miroir dans lequel l'autre peut contempler son image d'autrefois qui, sans l'éternel bla-bla de souvenirs entre copains, se serait effacée depuis longtemps.
Enfant: existence sans biographie.
... toute femme mesure le degré de son vieillissement à l'intérêt ou au désintérêt que les hommes manifestent pour son corps.
L'amitié est indispensable à l'homme pour le bon fonctionnement de sa mémoire. Se souvenir de son passé, le porter toujours avec soi, c'est peut-être la condition nécessaire pour conserver, comme on dit, l'intégrité de son moi.
... seule une très grande intelligence est capable d'insuffler un sens logique aux idées insensées.
Si je devais me définir, je dirais que je suis un hédoniste piégé dans un monde politisé à l'extrême.
Mais qu'est-ce que «être sérieux»? Est sérieux celui qui croit à ce qu'il fait croire aux autres.
Œuvres de Milan Kundera
ApocrypheJacques et son maîtreJacques et son maître, Introduction à une variationL'Ignorance (2003)L'art du romanL'identitéL'identité (1997)L'immortalitéL'immortalité (1990)L'insoutenable légèreté de l'être (1984)L'insoutenable légèreté de l'être (1984), VII, 2La Plaisanterie (1975)La Vie est ailleurs (1973)La lenteurLa lenteur (1995)La valse aux adieuxLa valse aux adieux (1976)La vie est ailleursLe Livre du rire et de l'oubli (1979)Le Rideau (2005)