Auteur

Michel de Montaigne

Mieux vaut une tête bien faite qu'une tête bien pleine.
Je me suis ordonné d'oser dire tout ce que j'ose faire.
Fi de l'éloquence qui nous laisse envie de soi, non des choses.
Adonne-toi à l'étude des lettres pour en tirer quelque chose qui soit toute tienne.
Toutes passions qui se laissent goûter et digérer, ne sont que médiocres.
Nous devons la sujétion et l'obéissance également à tous rois, car elle regarde leur office: mais l'estimation, non plus que l'affection, nous ne la devons qu'à leur vertu.
Heureux, qui savent réjouir et gratifier leur sens par l'insensibilité, et vivre de leur mort.
Quelles causes n'inventons-nous des malheurs qui nous adviennent? A quoi ne nous prenons-nous à tort ou à droit, pour avoir où nous escrimer?
Mais nous ne dirons jamais assez d'injures au dérèglement de notre esprit.
Je me fie aisément à la foi d'autrui. Mais malaisément le ferais-je lorsque je donnerais à juger l'avoir plutôt fait par désespoir et faute de coeur que par franchise et fiance de sa loyauté.
Car il n'est pas dit, que, en temps et lieu, il ne soit permis de nous prévaloir de la sottise de nos ennemis, comme nous faisons de leur lâcheté.
Nous ne pouvons être tenus au-delà de nos forces et de nos moyens.
Je me garderai, si je puis, que ma mort dise chose que ma vie n'ait premièrement dite.
L'ame qui n'a point de but estably, elle se perd: car, comme on dict, c'est n'estre en aucun lieu, que d'estre par tout.
Il se voit par expérience que les mémoires excellentes se joignent volontiers aux jugements débiles.
... le magasin de la mémoire est volontiers plus fourni de matière que n'est celui de l'invention.
Surtout les vieillards sont dangereux à qui la souvenance des choses passées demeure et ont perdu la souvenance de leurs redites.
En vérité, le mentir est un maudit vice. Nous ne sommes hommes et ne nous tenons les uns aux autres que par la parole.
Et de combien est le langage faux moins sociable que le silence.
Au rebours, tous moyens honnêtes de se garantir des maux sont non seulement permis, mais louables. Et le jeu de la constance se joue principalement à porter patiemment les inconvénients, où il n'y a point de remède.
J'ai vu souvent des hommes incivils par trop de civilité, et importuns de courtoisie.
Les hommes (dit une sentence grecque ancienne) sont tourmentés par les opinions qu'ils ont des choses, non par les choses mêmes.
... la coutume et la longueur du temps (sont) bien plus fortes conseillères que toute autre contrainte.
Et à la vérité ce que nous disons craindre principalement en la mort, c'est la douleur, son avant-coureuse coutumière.
Et je trouve par expérience que c'est plutôt l'impatience de l'imagination de la mort qui nous rend impatients de la douleur, et que nous la sentons doublement griève de ce qu'elle nous menace de mourir.

Œuvres de Michel de Montaigne

Apologie de Raymond Sebond (1937)De l'expérienceEssaisEssais (1580)Essais (1588), III, 13Essais, Au lecteurEssais, IEssais, I, 1Essais, I, 10Essais, I, 12Essais, I, 13Essais, I, 14Essais, I, 15Essais, I, 16Essais, I, 17Essais, I, 19Essais, I, 2Essais, I, 20Essais, I, 20, Que Philosopher c'est apprendre à mourirEssais, I, 21