Auteur

Michel de Montaigne

Je veux que la mort me trouve plantant mes choux.
Qui apprendrait aux hommes à mourir, leur apprendrait à vivre.
Toute autre science est dommageable à celui qui n'a pas la science de la bonté.
Quand bien nous pourrions être savants du savoir d'autrui, au moins sages ne pouvons-nous être que de notre sagesse.
Nos raisons et nos discours humains, c'est comme la matière lourde et stérile: la grâce de Dieu en est la forme; c'est elle qui y donne la façon et le prix.
Personne n'est exempt de dire des fadaises. Le malheur est de les dire curieusement.
Il se trouve de trahisons, non seulement refusées, mais punies, par ceux en faveur desquels elles avoyent esté entreprises.
Je ne peints pas l'estre. Je peints le passage: non un passage d'aage en autre, ou comme dict le peuple, de sept en sept ans, mais de jour en jour, de minute en minute.
Nul a esté prophete non seulement en sa maison, mais en son païs, dit l'experience des histoires.
La vieillesse nous attache plus de rides en l'esprit qu'au visage; et ne se voit point d'âmes, ou fort rares, qui en vieillissant ne sentent l'aigre et le moisi.
On nous apprend à vivre quand la vie est passée.
Puisque je ne suis pas capable de choisir, je prends le choix d'autrui.
Il n'est rien que je haïsse comme à marchander. C'est un pur commerce de trichoterie et d'impudence; après une heure de débat et de barguignage, l'un et l'autre abandonne sa parole et ses serments pour cinq sous d'amendement.
Les choses que je sais être mauvaises, comme d'offenser son prochain et désobéir au supérieur, soit Dieu, soit homme, je les évite soigneusement.
Les médecins ne se contentent point d'avoir la maladie en gouvernement, ils rendent la santé malade, pour garder qu'on ne puisse en aucune saison échapper leur autorité.
Si, comme la vérité, le mensonge n'avait qu'un visage, nous serions en meilleurs termes. Car nous prendrions pour certain l'opposé de ce que dirait le menteur. Mais le revers de la vérité a cent mille figures et un champ indéfini.
Je vis du jour à la journée, et me contente d'avoir de quoi suffire aux besoins présents et ordinaires; aux extraordinaires, toutes les provisions du monde n'y sauraient baster.
Dans la véritable amitié, celui qui donne est l'obligé; tout y est abandon: deux âmes n'en font qu'une.
Il faut refuser l'opportunité à toute action importune.
Tout ouvrier aime mieux son ouvrage, qu'il n'en serait aimé si l'ouvrage avait du sentiment
L'amitié, c'est une chaleur générale et universelle, tempérée, au demeurant, et égale.
Les bons estomacs suivent simplement les prescriptions de leur naturel appétit. Ainsi font nos médecins, qui mangent le melon et boivent le vin frais, cependant qu'ils tiennent leur patient obligé au sirop et à la panade.
L'attente est douce, mais elle s'aigrit comme le lait.
Au théâtre, à Rome, les maîtres de famille avaient des pigeons dans leur sein, auxquels ils attachaient des lettres quand ils voulaient mander quelque chose à leurs gens au logis; et étaient dressés à en rapporter réponse.
Il en peut être aucun de ma complexion, qui m'instruis mieux par contrariété que par similitude: et par fuite que par suite.

Œuvres de Michel de Montaigne

Apologie de Raymond Sebond (1937)De l'expérienceEssaisEssais (1580)Essais (1588), III, 13Essais, Au lecteurEssais, IEssais, I, 1Essais, I, 10Essais, I, 12Essais, I, 13Essais, I, 14Essais, I, 15Essais, I, 16Essais, I, 17Essais, I, 19Essais, I, 2Essais, I, 20Essais, I, 20, Que Philosopher c'est apprendre à mourirEssais, I, 21