Œuvre

Essais, III, 2

La vieillesse nous attache plus de rides en l'esprit qu'au visage.
Le monde n'est qu'une branloire pérenne. ... La constance même n'est autre chose qu'un branle plus languissant.
Peu d'hommes ont été admirés par leurs domestiques; nul n'a été prohète non seulement en sa maison, mais en son pays, dit l'expérience des histoires.
Si j'avais à revivre, je revivrais comme j'ai vécu; ni je ne plains le passé, ni je ne crains l'avenir.
Chaque homme porte la forme entière de l'humaine condition.
Il ne se voit point d'âmes, ou fort rares, qui en vieillissant ne sentent l'aigre et le moisi.
Je conçois aisément Socrate en la place d'Alexandre; Alexandre en celle de Socrate, je ne puis.
Je hais cet accidentel repentir que l'âge apporte.
Je ne peins pas l'être. Je peins le passage.
Qui se connaît, connaît aussi les autres, car chaque homme porte la forme entière de l'humaine condition.
Je ne peints pas l'estre. Je peints le passage: non un passage d'aage en autre, ou comme dict le peuple, de sept en sept ans, mais de jour en jour, de minute en minute.
Nul a esté prophete non seulement en sa maison, mais en son païs, dit l'experience des histoires.
La vieillesse nous attache plus de rides en l'esprit qu'au visage; et ne se voit point d'âmes, ou fort rares, qui en vieillissant ne sentent l'aigre et le moisi.