Même à égalité de mémoire, deux personnes ne se souviennent pas des mêmes choses.
L'esprit a ses paysages dont la contemplation ne lui est laissée qu'un temps.
Que quelqu'un ait le même nom que vous, sans être de votre famille, est une grande raison de le dédaigner.
De relations qui ne sont pas consacrées par les lois, découlent des liens de parenté aussi multiples, aussi complexes, plus solides seulement, que ceux qui naissent du mariage.
Les vrais paradis sont les paradis que l'on a perdus.
Le plagiat humain auquel il est le plus difficile d'échapper, pour les individus (et même pour les peuples qui persévèrent dans leurs fautes et vont les aggravant), c'est le plagiat de soi-même.
L'amour, c'est trop dire, le plaisir un peu enfoncé dans la chair, aide au travail des lettres, parce qu'il anéantit les autres plaisirs, par exemple les plaisirs de la société, ceux qui sont les mêmes pour tout le monde.
L'inexactitude, l'incompétence, n'y diminuent pas l'assurance, au contraire.
On n'est que par ce qu'on possède, on ne possède que ce qui vous est réellement présent, et tant de nos souvenirs, de nos humeurs, de nos idées partent faire des voyages loin de nous-même, où nous les perdons de vue!
Je trouvais absolument indifférent au point de vue de la morale qu'on trouvât son plaisir auprès d'un homme ou d'une femme, et trop naturel et humain qu'on le cherchât là où on pouvait le trouver.
On ne peut bien décrire la vie des hommes, si on ne la fait pas baigner dans le sommeil où elle plonge et qui, nuit après nuit, la contourne comme une presqu'île est cernée par la mer.
Le monde dans lequel on vit pendant le sommeil est tellement différent que ceux qui ont de la peine à s'endormir cherchent avant tout à sortir du nôtre.
Le snobisme est une maladie grave de l'âme, mais localisée et qui ne la gâte pas tout entière.
Les gens du monde ont tellement l'habitude qu'on les recherche que qui les fuit leur semble un phénix et accapare leur attention.
Il en est du monde comme du goût sexuel, où l'on ne sait pas jusqu'à quelles perversions il peut arriver quand une fois on a laissé des raisons esthétiques dicter ses choix.
Il n'est peut-être pas une personne, si grande que soit sa vertu, que la complexité des circonstances ne puisse amener à vivre un jour dans la familiarité du vice qu'elle condamne le plus formellement.
Rien n'est plus limité que le plaisir et le vice. On peut vraiment, dans ce sens-là, en changeant le sens de l'expression, dire qu'on tourne toujours dans le même cercle vicieux.
Dans une guerre celui qui n'aime pas son pays n'en dit pas de mal, mais le croit perdu, le plaint, voit les choses en noir.
Un général est comme un écrivain qui veut faire une certaine pièce, un certain livre, et que le livre lui-même, avec les ressources inattendues qu'il révèle ici, l'impasse qu'il présente là, fait dévier extrêmement du plan préconçu.
Un changement de temps suffit à recréer le monde et nous-mêmes.
On ne reçoit pas la sagesse, il faut la découvrir soi-même après un trajet que personne ne peut faire pour nous, ne peut nous épargner, car elle est un point de vue sur les choses.
Il en est ainsi pour tous les grands écrivains, la beauté de leurs phrases est imprévisible, comme est celle d'une femme qu'on ne connaît pas encore.
Un écrivain médiocre vivant dans une époque épique restera un tout aussi médiocre écrivain.
On se rappelle la vérité parce qu'elle a un nom, des racines anciennes; mais un mensonge improvisé s'oublie vite.
Autrui nous est indifférent et l'indifférence n'invite pas à la méchanceté.
Œuvres de Marcel Proust
A la recherche du temps perduA la recherche du temps perdu (1918)A la recherche du temps perdu (1918), A l'ombre des jeunes filles en fleursA la recherche du temps perdu (1918), Du côté de chez SwannA la recherche du temps perdu (1918), la FugitiveA la recherche du temps perdu (1918), la PrisonnièreA la recherche du temps perdu (1918), le Côté de GuermantesA la recherche du temps perdu (1918), le Temps retrouvéA la recherche du temps perdu, A l'ombre des jeunes filles en fleurs (1919)A la recherche du temps perdu, A l'ombre des jeunes filles en fleurs (1919), IA la recherche du temps perdu, Albertine disparue (1925)A la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann (1913)A la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann (1913), I, 2A la recherche du temps perdu, La Prisonnière (1923)A la recherche du temps perdu, Le Côté de Guermantes (1921-1922)A la recherche du temps perdu, Le Temps retrouvé (1927)A la recherche du temps perdu, Le Temps retrouvé (1927), II, 3Albertine disparue (1925)Albertine disparue (1925), IVChroniques