La fable de Faust et de Méphisto correspond à une réalité beaucoup plus sérieuse qu'on ne le croit. Il y a toujours en nous de quoi faire un adorateur de Satan et si nous ne le sommes pas en théorie, nous le sommes dans la pratique de chaque jour.
Quand j'avais dix-neuf ou vingt ans, à l'Université, j'étais absurdement jaloux de Goethe. Cela me rendait furieux de penser que je n'étais pas l'auteur de ses poésies que j'apprenais avec un mélange de ravissement et de rage.
J'hésite à citer, car citer c'est tronquer.
Il y a une étrange satisfaction à toucher le fond du désespoir; l'excès du malheur procure une espèce de sécurité, havre de grâce pour l'âme naufragée qui n'ose plus croire.
Une vie humaine paraît presque toujours incomplète. Elle est comme un fragment isolé dans un long message dont elle ne nous livre qu'une faible partie, souvent indéchiffrable.
On me croit pessimiste, mais ceux qui ne savent pas que je recherche avant tout le bonheur, la sainte joie de vivre, ceux-là ne me connaissent ni ne me comprennent pas du tout. Tout ce qui est triste me paraît suspect.
La voix suprême de notre temps, celle qui fait taire tout amour, tout génie, toute conscience, c'est l'horrible aboiement du canon.
Il faut aller au-delà de notre conception de Dieu, car Dieu est éternellement au-delà de tout.
L'Evangile est un livre qui ne se fermera jamais et qui s'écrit tous les jours dans le coeur des contemplatifs.
Que de gens lisent et étudient non pour connaître la vérité, mais pour augmenter leur petit moi !
Le plus grand explorateur sur cette terre ne fait pas d'aussi longs voyages que celui qui descend au fond de son coeur et se penche sur les abîmes où la face de Dieu se mire parmi les étoiles.
Il ne peut y avoir de progrès véritable qu'intérieur. Le progrès matériel est un néant.
Il faut quelquefois se promener au fond de l'abîme. Même si je descends jusqu'en enfer le bras de Dieu est assez long pour m'en retirer. Il l'a dit en propres termes dans l'Ecriture. Je sais qu'il est là. Et non seulement, je le sais, mais je le crois.
Il a à peu près autant de grâce qu'un rhinocéros à la poursuite d'un papillon.
Un vieillard est un livre qu'on néglige de lire.
Lire est une forme de paresse dans la mesure où on laisse le livre penser à la place du lecteur. Le lecteur lit et se figure qu'il pense de là ce plaisir qui flatte l'amour-propre d'une illusion délicate.
Notre liberté est comme un cercle dont le diamètre varie avec chaque individu. Jeunes, nous n'apercevons pas les limites de ce cercle.
Rien ne ressemble plus à des vies ratées que certaines réussites.
Les livres, dernière ressource de l'exil. Un livre est une fenêtre par laquelle on s'évade
Les pensées qu'on a dans l'obscurité ne sont pas les mêmes que celles qu'on a dans la lumière. Il savait qu'en éteignant, il redeviendrait la proie de Moïra.
Les pensées qu'on a dans l'obscurité ne sont pas les mêmes que celles qu'on a dans la lumière.
Tu ne sais pas ce que c'est que cette faim du corps. J'ai quelquefois l'impression d'être séparé d'avec ma chair, et c'est comme s'il y avait en moi deux personnes dont l'une souffrirait, et l'autre regarderait souffrir.
Au chevet, sur une petite table de bois poli, une Bible à tranche d'or et un grand verre de lait offraient le symbole d'une âme tranquille.
Un homme qui n'a pas lu Shakespeare est un homme inculte.
Je hais l'instinct sexuel. Est-ce que nous y cédons, nous? Cette force aveugle, c'est le mal. — Pas toujours.– Si. Toujours. Nous sommes conçus dans une crise de démence.
Œuvres de Julien Green
Adrienne MesuratAdrienne Mesurat (1927)Ce qui reste de jour (1966-1972)Ce qui reste du jour (1966-1972), Journal IX (1972)Ce qui reste du jour (1966-1972), Journal IX (1972), 16 janvier 1971Chaque Homme dans sa nuit (1960)Derniers beaux jours (1935-1939), Journal II (1939), 6 novembre 1938Derniers beaux jours (1935-1939), Journal II (1939), 8 février 1939Devant la porte sombre (1940-1943)Devant la porte sombre (1940-1943), Journal III (1946), 20 mai 1942Devant la porte sombre (1940-1943), Journal III (1946), 22 mars 1943Devant la porte sombre (1940-1943), Journal III (1946), 25 mai 1941Devant la porte sombre (1940-1943), Journal, 23 mai 1941Discours de réception à l'Académie française, 16 novembre 1972.En avant par-dessus les tombes (1996-1997), Journal XVII (2001), 1 mars 1997Jeunes Années (1985)JournalJournal (1941-1943)Journal (1971)Journal, 1 juillet 1967