Auteur

Julien Green

S'il n'y avait pas eu les nuits, il n'aurait pas supporté les jours.
L'âme humaine est comme un gouffre qui attire Dieu, et Dieu s'y jette.
Vous ne savez pas qu'entre les choses qu'on dit quelquefois et celles qu'on pense... Enfin, cet homme avait peut-être une raison pour vous dire non comme cela. Et puis ça peut n'être qu'une parole en l'air.
Je le dis sans acrimonie: ce journal est le plus régulièrement pillé de mes livres.
Cela, c'est l'âge: le temps qui s'évanouit, les semaines qui se télescopent, qui entrent les unes dans les autres comme des express qui se tamponnent.
Ce que l'homme fait de l'argent dégoûte. Ce que l'argent fait de l'homme fait peur.
Vous dites que l'argent vous fait peur, s'écria-t-elle. Moi, il me fait honte quand je vois les yeux des pauvres.
L'expérience de l'amour physique dépasse infiniment le corps; elle englobe un monde qu'il est précieux d'avoir connu et où beaucoup de bien se mêle à beaucoup de mal.
Les snobs... Qu'ils me paraissent étranges! Thackeray disait d'eux, je crois, qu'ils aiment grandement les choses petites et petitement les grandes choses.
Je voudrais écrire pour celui qui est seul.
Louis Amade me cite ce mot de Jouvet: «On reconnaît le bonheur au bruit qu'il a fait en partant».
J'ai vu des personnes douces, graves, sensées, se changer en furies pour un détail de chronologie ou d'orthographe.
Dickens a écrit: «Chaque homme est pour son prochain un mystère et un secret.»
Visite d'un ami breton, il me parle du grand nombre d'autonomistes bretons, me dit que ce qui a le plus indigné la Bretagne, c'est le geste d'Herriot supprimant à Paris la chaire de breton. L'âme de la Bretagne, c'est sa langue.
Quand on parle à quelqu'un d'argent, son visage change, et qu'y lit-on? L'inquiétude. Je l'ai remarqué cent fois. On dirait qu'on touche aux sources mêmes de la vie.
Que de temps j'ai perdu à ne pas lire Shakespeare! Telle est l'opinion que j'ai de cet homme chaque fois que je reprends une de ses pièces. Après Le Marchand de Venise, j'aborde une fois de plus Les Deux Gentilshommes de Vérone.
Il y a dans le monde une insondable mélancolie qu'on ne découvre que dans la solitude, à certaines minutes comme celles-là. Les hommes aiment à la tromper, mais elle est au fond de tout, et c'est le regret du paradis que nous avons perdu.
Quand l'homme essaie de se faire un paradis, c'est en général pitoyable. Il réussit beaucoup mieux dès qu'il s'agit de fabriquer un enfer à l'usage du prochain.
Il est douloureux d'exister, dit Novalis, mais il ne faut pas regretter les affreux plaisirs du monde, comme cela m'est arrivé aujourd'hui même.
Quand tu fais le bien, tu te crois bon et quand tu fais le mal, tu te crois mauvais, mais celui que tu es vraiment est tout autre, et tu ne le vois pas.
Rien de plus bavard que les taciturnes quand ils s'y mettent.
Je le sais, cependant l'homme est une maison à plusieurs étages. On prie Dieu sous les toits, mais la cave est bien sombre, et que s'y passe-t-il?
Qui n'a craint de déplaire à celui qu'il aime ne sait pas bien ce que c'est que l'amour.
Pendant deux grandes heures, il entendit ma confession, car les amoureux sont pleins de paroles et le soupçon qu'ils puissent ennuyer ne les effleure même pas.
Il faut travailler pour justifier sa présence sur terre, mais travailler à quoi? Je ne sais ce que je dois écrire. Dionysos ne me paraît pas sérieux. Peut-être serai-je autre chose qu'un écrivain. Un artiste, par exemple.

Œuvres de Julien Green

Adrienne MesuratAdrienne Mesurat (1927)Ce qui reste de jour (1966-1972)Ce qui reste du jour (1966-1972), Journal IX (1972)Ce qui reste du jour (1966-1972), Journal IX (1972), 16 janvier 1971Chaque Homme dans sa nuit (1960)Derniers beaux jours (1935-1939), Journal II (1939), 6 novembre 1938Derniers beaux jours (1935-1939), Journal II (1939), 8 février 1939Devant la porte sombre (1940-1943)Devant la porte sombre (1940-1943), Journal III (1946), 20 mai 1942Devant la porte sombre (1940-1943), Journal III (1946), 22 mars 1943Devant la porte sombre (1940-1943), Journal III (1946), 25 mai 1941Devant la porte sombre (1940-1943), Journal, 23 mai 1941Discours de réception à l'Académie française, 16 novembre 1972.En avant par-dessus les tombes (1996-1997), Journal XVII (2001), 1 mars 1997Jeunes Années (1985)JournalJournal (1941-1943)Journal (1971)Journal, 1 juillet 1967