Auteur

Julien Green

Il était jeune encore, mais avec ce je ne sais quoi de flétri et d'amer que l'on remarque chez ceux dont les soucis ont dévoré les premières années de la vie.
Il flottait encore dans l'air un reste d'encens dont elle huma l'odeur une ou deux fois avec un plaisir mélancolique.
Il avait fait les foins avant cette conférence, et ce sont les foins qui l'ont tué, car le médecin lui avait défendu tout effort physique.
Elle avait toujours ces vêtements qui paraissaient avoir appartenu à une personne plus forte, tant ils s'ajustaient mal sur son maigre corps.
La fortitude des uns et la lâcheté des autres. Nous vivons tout cela.
Il m'a demandé si je portais un tricot, un bon tricot bien chaud. J'ai dit que oui, mais il ne voulait pas me croire et il voulait à tout prix fourrer ses doigts sous mon tablier.
La voiture descendait la rue Carnot et l'on entendit bientôt, dans le fracas des sabots du cheval sur le pavé, le grincement du frein que le cocher serrait.
Il regardait cette herbe, il se penchait sur elle comme pour y retrouver la trace du corps qui l'avait froissée.
Parfois un rayon perçait les nuages qui s'étendaient à travers le ciel et glissait un instant sur les ardoises du toit; la jeune femme tendait alors son regard pour suivre le jeu de ce miroitement fugitif.
Il avait le visage fermé des gens chez qui l'étonnement a coupé net l'élan de la fureur et qui dévorent leur rage en silence.
D'autres fusées partirent, les unes en gerbes d'argent, celles-ci en spirales aux courbes de plus en plus larges comme un ressort détendu, celles-là toutes droites et qui, tout d'un coup, éparpillaient dans les étoiles une infinité de petits points d'or.
Elle vit l'effroi sur le visage de sa soeur et s'en sentit gagnée par une sorte de panique.
Relu du Maupassant. Celui qui ne m'intéresse pas, c'est celui de la gaudriole, du monsieur qui dort alors qu'une belle femme attend qu'il lui donne des preuves de sa virilité.
Des glaces au cadre lourd dont les ors brillent doucement ajoutent une note de mystère à ce décor fabuleux, car elles ont dû voir des choses étranges, mais elles n'en disent pas plus long que les muets du sérail.
Certaines semblent impossibles à vivre. Il faudrait pouvoir les sauter, les omettre et rejoindre la vie un peu plus loin.
C'étaient des hommes de ce genre qui lui faisaient des compliments sur son visage, sur sa taille. Parbleu! Un laideron aussi complaisant qu'elle eût recueilli les mêmes hommages.
Pour ma part j'ai aimé extrêmement la beauté, mais dans cette adoration idolâtrique il y avait malgré tout quelque chose de bon et de sain.
Avec la superstition des âmes que la solitude a rendues farouches, elle s'imaginait confusément que tous les actes de sa vie étaient prescrits d'avance par une volonté inconnue.
Elle éprouva brusquement un sentiment jusqu'alors inconnu: l'indifférence complète de tout à l'égard de ce qui se passait en elle, l'indifférence de cette église et de cette place à sa douleur.
Ce qu'elle disait était difficilement intelligible, mais le ton détaché, indifférent de ses propos contrastait avec une certaine volubilité.
Il vient parfois à l'esprit des pensées informulables parce que les mots sont insuffisants ou même n'existent pas, qui pourraient les exprimer.
L'intégration est une forme de racisme. Il faudrait que l'individu se coulât dans le moule qui n'est pas le sien. Un uniforme en somme. Il n'est pire horreur, où que cela soit. La terre est à tout le monde, les frontières n'y changeront rien.
J'aime l'isolement, non la solitude. Il me plaît d'entendre aller et venir autour de moi alors que je suis seul dans la pièce où j'écris, mais une maison vide me cause toujours un certain malaise.
Une horrible frayeur la saisit et, sans savoir comment, à peu près comme si elle eût été jetée dans le noir par une force irrésistible, elle se rua vers l'escalier.
Jésus leur dit: «Qui pensez-vous que je suis?». Ils répondirent: «Tu es la manifestation eschatologique du fondement de notre être, le kérygme par lequel nous trouvons le sens ultime de nos relations interpersonnelles.»

Œuvres de Julien Green

Adrienne MesuratAdrienne Mesurat (1927)Ce qui reste de jour (1966-1972)Ce qui reste du jour (1966-1972), Journal IX (1972)Ce qui reste du jour (1966-1972), Journal IX (1972), 16 janvier 1971Chaque Homme dans sa nuit (1960)Derniers beaux jours (1935-1939), Journal II (1939), 6 novembre 1938Derniers beaux jours (1935-1939), Journal II (1939), 8 février 1939Devant la porte sombre (1940-1943)Devant la porte sombre (1940-1943), Journal III (1946), 20 mai 1942Devant la porte sombre (1940-1943), Journal III (1946), 22 mars 1943Devant la porte sombre (1940-1943), Journal III (1946), 25 mai 1941Devant la porte sombre (1940-1943), Journal, 23 mai 1941Discours de réception à l'Académie française, 16 novembre 1972.En avant par-dessus les tombes (1996-1997), Journal XVII (2001), 1 mars 1997Jeunes Années (1985)JournalJournal (1941-1943)Journal (1971)Journal, 1 juillet 1967