Auteur

Jules Renard

J'écris tout de même de gentilles lettres. Si les gens savaient, ils voudraient ne jamais me connaître que par correspondance.
Il faut que notre Journal ne soit pas seulement un bavardage comme l'est trop souvent celui des Goncourt.
Je n'ai qu'une imagination rétrograde. Je n'imagine que le passé.
Chaque fois que je viens de parler un peu trop longuement à quelqu'un, je suis comme un homme qui s'est grisé, et qui, tout honteux, ne sait où se fourrer.
Il faut feuilleter les mauvais livres, éplucher les bons.
Je suis un libre penseur qui voudrait bien avoir pour ami un bon curé.
C'est tout de même un peu fort, de croire que l'abondance est une qualité!
La franchise, est-ce bien une qualité? Si oui, elle est à la portée de tout le monde.
La nostalgie que nous avons des pays que nous ne connaissons pas n'est peut-être que le souvenir de régions parcourues en des voyages antérieurs à cette vie.
Une pensée écrite est morte. Elle vivait. Elle ne vit plus. Elle était fleur. L'écriture l'a rendue artificielle, c'est-à-dire immuable.
La joie n'a pas de nuances: ce n'est qu'une dilatation du coeur.
L'auteur d'un chef-d'oeuvre applaudi et une petite femme qui fait de l'équilibre sur du fil de fer, dans un cirque, jouissent pareillement de leur gloire.
Le ridicule de ce que je fais ne me frappe que longtemps après. Je n'observe pas en même temps que je vis. Je ne reviens qu'ensuite sur chaque détail de ma vie.
Il garde son chapeau à cause des rhumes, l'ôte souvent par politesse, et le remet tout de suite par prudence.
Certains menteurs ont un tel besoin de mentir qu'on a pitié d'eux et qu'on les aide.
Tous les animaux parlent, excepté le perroquet qui parle.
Il est victime de ce vice littéraire qui consiste à se forcer à aimer ce qu'on se croit obligé d'admirer.
Le critique, c'est un botaniste. Moi, je suis un jardinier.
C'est effrayant comme on a de la peine quand on est en bonne santé à s'intéresser au malheur des autres!
Entre mon cerveau et moi il reste toujours une couche que je ne peux pas pénétrer.
Ma religion m'est tombée comme une peau.
Une goutte de pluie, comme un oeil au bout d'une antenne.
La paresse a cela de mortel que, dès qu'on en triomphe, on la sent déjà qui renaît.
Ce que je recherche avant tout dans un roman, ce sont des curiosités de phrase. C'est dire que les romans étrangers, même russe, même Tolstoï, me sont insupportables.
Il s'appelle Poil de Carotte au point que la famille hésite avant de retrouver son vrai nom de baptême. Pourquoi l'appelez-vous Poil de Carotte? A cause de ses cheveux jaunes? - Son âme est encore plus jaune.

Œuvres de Jules Renard

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