La clarté est la politesse de l'homme de lettres.
Un père a deux vies, la sienne, et celle de son fils.
Il n'y a pas de synonymes. Il n'y a que des mots nécessaires, et le bon écrivain les connaît.
La vie a un tel goût que je m'interdirais d'imaginer mieux que la vie.
N'importe quelle idée semble personnelle dès qu'on ne se rappelle plus à qui on l'a empruntée.
Le soleil se lève avant moi, moi je me couche après lui : nous sommes quittes.
J'aime beaucoup les compliments. Je ne les provoque pas, mais je souffre quand on ne m'en fait pas, et, quand on m'en fait, j'arrête tout de suite : je ne laisse pas la personne s'étendre comme je voudrais.
Envieux par instants, je n'ai jamais eu la patience d'être ambitieux.
On ne devrait rien dire parce que tout blesse.
L'acte d'amour est aussi une délivrance, après, on est de tout de même un peu moins bête.
J'ai le physique toujours lâche. Le véritable courage consiste à être courageux précisément quand on ne l'est pas.
La sympathie éclate surtout entre deux vanités qui ne se contrarient pas encore.
Je suis un homme sensible que la vie blesse ou réjouit. Je n'ai pas le sang-froid de l'observateur indifférent.
J'ai mal aux idées. Mes idées sont malades, et je n'ai pas honte de ce mal secret. Je n'ai plus aucun goût, non seulement au travail, mais à la paresse.
Aucun remords de ne rien faire. Je suis las comme un qui aurait fait le tour des astres. Je crois que j'ai touché le fond de mon puits.
Je ne sais pas si Victor Hugo est un penseur, mais il me laisse une telle impression que, après avoir lu une page de lui, je pense éperdument, le cerveau grand ouvert. Je crois que je n'aurais jamais osé lui avouer que j'écris.
Critiquer Hugo ! Quand je regarde un coucher de soleil, qu'est-ce que cela me fait de savoir qu'il ne se couche pas, que la terre tourne autour de lui ? Quand je lis Hugo, qu'est-ce que ça me fait de savoir qu'il écrit comme ceci ou comme cela ?
Un homme de lettres ne doit être qu'homme de lettres : tout le reste est littérature.
Comprends la vie mieux que moi, moins petitement, et garde toujours ta pensée à la hauteur des arbres. Rêve de grandes choses : cela te permettra d'en faire au moins de toutes petites.
Quand le merle voit les vendangeurs entrer dans la vigne, il s'étonne surtout de les voir qui n'ont pas, comme lui, peur de l'épouvantail.
Comme la neige serait monotone si Dieu n'avait créé les corbeaux !
Il était si laid que lorsqu'il faisait des grimaces, il l'était moins.
La musique : quand on joue assez fort ou assez doucement, le public applaudit. Ce qu'il peut y avoir d'imbéciles en musique !
Les âmes basses ne comptent que sur la noblesse des autres.
Tous les matins, en se levant, on devrait dire : «Chic, je ne suis pas encore mort ! »
Œuvres de Jules Renard
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