Autos sur la route, chasseurs dans les champs, la terre devient inhabitable.
Le plus honnête homme fait un peu de bien, et beaucoup de mal.
On remporte sur soi de toutes petites victoires qui reculent à peine les grandes défaites.
Les moineaux disent de nous : ils construisent des maisons pour que nous puissions faire nos nids dans les murs.
Il ne faut pas croire que la paresse soit inféconde. On y vit intensément, comme un lièvre qui écoute. On y nage comme dans l'eau, mais on y sent les frôlements des herbes du remords.
L'homme se dépeint par quelques mots qu'il laisse échapper. Dès qu'il fait une phrase entière, il ment.
C'est si facile à une femme de se faire aimer ! Nul besoin d'être bien jeune ni bien jolie. Il n'y a qu'à tendre la main d'une certaine façon et l'homme y met tout de suite son coeur.
Un beau vers a douze pieds, et deux ailes.
A la mort d'un ancien, on est comme sur une écluse : on change de niveau.
Quand une femme vous dit : Un homme comme vous..., c'est une façon de dire : Quand vous voudrez, monsieur.
Les moeurs, c'est comme l'argent : il n'y a que la menue monnaie qui change de ville à ville. Ce qui a de la valeur et ce qui importe reste le même.
Il n'y a pas de synthèse : il n'y a que le discontinu.
Un artiste ne gagne jamais d'argent par son art, mais par ce qu'il sait mettre à côté.
La nature n'est pas définitive : on peut toujours lui ajouter.
Chez moi, un besoin presque incessant de dire du mal des autres, et une grande indifférence à leur en faire.
Heureux ceux qui sont nés parfaits ! On a beau faire, on ne le devient jamais.
Que de gens dont il faut dire, après un quart d'heure de paroles : Encore un qui sait tout ! et qu'il faut fuir !
Quelquefois, le chasseur dit : Pauvres bêtes ! C'est quand il a tué tout son saoul.
Pour être original, il suffit d'imiter les auteurs qui ne sont plus à la mode.
Carrière, un monsieur qui serre la main des autres le plus près possible de la cuisse.
Notre intelligence, c'est une bougie en plein vent.
Se distingue dès qu'il veut mais ne veut pas toujours.
Le temps perdu ne se rattrape jamais. Alors, continuons de ne rien faire.
Parfois la conversation s'éteint comme une lampe. On remonte la mèche. Quelques idées jettent encore quelque éclat, mais il n'y a décidément plus d'huile. La parole meurt et la pensée s'endort.
L'idée de patrie est une idée de ville. La petite patrie, c'est la grande, c'est l'unique.
Œuvres de Jules Renard
Histoires naturellesHistoires naturelles (1894)Histoires naturelles (1894), L'escargotHistoires naturelles (1894), La pintadeHistoires naturelles, CoqsJournalJournal (1892)Journal (1894)Journal (1899)Journal (1904)Journal 1887-1910 (1910)Journal, 1 août 1898Journal, 1 août 1903Journal, 1 août 1906Journal, 1 avril 1890Journal, 1 avril 1898Journal, 1 avril 1903Journal, 1 décembre 1899Journal, 1 février 1903Journal, 1 février 1906