Auteur

José Maria de Heredia

Avril jonche la terre en fleur d'un frais tapis.
Le camp s'éveille. En bas roule et gronde le fleuve - Où l'escadron léger des Numides s'abreuve. - Partout sonne l'appel clair des buccinateurs.
Et le Conquistador, bénissant sa folie, - Vint planter son pennon d'une main affaiblie - Dans la terre éclatante où s'ouvrait son tombeau.
Mais tout sembla d'abord démentir son espoir.
Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre, - Ferme les branches d'or de son rouge éventail.
Chaque soir, espérant des lendemains épiques - L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques - Enchantait leur sommeil d'un mirage doré.
Ce beau guerrier vêtu de lames et de plaques, - Sous le bronze, la soie et les brillantes laques, - Semble un crustacé noir, gigantesque et vermeil.
Le bonheur est mélancolique. - Le cri des plus joyeux oiseaux - Paraît lointain comme de l'eau - Où se noierait une musique.
Ainsi, voyant mon âge incliner vers le soir, - Je veux, ainsi que fit Fray Juan de Ségovie, - Mourir en ciselant dans l'or un ostensoir.
Ou penchés à l'avant des blanches caravelles, - Ils regardaient monter en un ciel ignoré - Du fond de l'océan des étoiles nouvelles.
A mes pieds, c'est la nuit, le silence. Le nid - Se tait, l'homme est rentré sous le chaume qui fume ; - Seul, l'Angélus du soir, ébranlé dans la brume, - A la vaste rumeur de l'Ocean s'unit.

Œuvres de José Maria de Heredia

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