Auteur

Jean Racine

Un désordre éternel règne dans son esprit. - Son chagrin inquiet l'arrache de son lit.
Je ne sais qui m'arrête et retient mon courroux, - que par un prompt avis de tout ce qui se passe, - je ne coure des dieux divulguer la menace, - et publier partout les complots criminels - qu'on fait ici contre eux et contre leurs autels.
Vous ne prétendiez point m'arrêter dans vos fers: - j'ai craint de vous trahir, peut-être je vous sers.
Mais pourquoi vos bontés seroient-elles lassés? - Ne vous arrêtez point à ses froideurs passées.
Et quelle vraisemblance y a-t-il qu'il arrive en un jour une multitude de choses qui pourraient à peine arriver en plusieurs semaines?
Ce champ si glorieux où vous aspirez tous, - si mon sang ne l'arrose, est stérile pour vous.
Pour moi, depuis deux jours qu'approchant de ces lieux, leur aspect souhaité se découvre à nos yeux, je l'attendois partout.
Du moins, et Josabet, comme moi, l'a pu voir, tantôt à son aspect je l'ai vu s'émouvoir; j'ai vu de son courroux tomber la violence.
Je le vis: son aspect n'avait rien de farouche; je sentis le reproche expirer dans ma bouche; je sentis contre moi mon coeur se déclarer; j'oubliai ma colère, et ne sus que pleurer.
Il voudroit en vainqueur vous apporter sa tête: le seul nom d'assassin l'épouvante et l'arrête.
Quels assauts, quels combats j'ai tantôt soutenus!
De tant d'objets divers le bizarre assemblage - peut-être du hasard vous paroît un ouvrage.
Je vous connois: je sais tout ce que je m'apprête, et je vois quels malheurs j'assemble sur ma tête; mais le dessein est pris: rien ne peut m'ébranler.
La haine, le mépris, contre moi tout s'assemble; vous me haïssez plus que tous les Grecs ensemble. Jouissez à loisir d'un si noble courroux.
Dieux! Que ne suis-je assise à l'ombre des forêts! - Quand pourrai-je, au travers d'une noble poussière, suivre de l'oeil un char fuyant dans la carrière?
Ah! Cruel, tu m'as trop entendue. - Je t'en ai dit assez pour te tirer d'erreur.
Non, non, à mes tourments je veux l'associer.
Le grand nom de Pompée assure sa conquête: c'est l'effroi de l'Asie; et loin de l'y chercher, c'est à Rome, mes fils, que je prétends marcher.
Ah! Laisse à ma fureur le temps de croître encore; contre mon ennemi laisse-moi m'assurer: Cléone, avec horreur je m'en veux séparer. Il n'y travaillera que trop bien, l'infidèle!
Je m'assure un port dans la tempête. Néron m'échappera, si ce frein ne l'arrête.
Avant que dans son coeur cette amour fût formée, - j'aimois, et je pouvois m'assurer d'être aimée.
Ne vous assurez point sur ce coeur inconstant; - car à d'autres que vous il en juroit autant.
Tout ce que j'ai prédit n'est que trop assuré: - contre Britannicus Néron s'est déclaré; - l'impatient Néron cesse de se contraindre; - las de se faire aimer, il veut se faire craindre.
Prêt à servir toujours sans espoir de salaire, - vos yeux ne sont que trop assurés de lui plaire.
Sous quel astre ennemi faut-il que je sois née?

Œuvres de Jean Racine

A M. VitartAbrégé de l'Histoire de Port-RoyalAbrégé de l'histoire de Port Royal (édition posthume 1767)Alexandre le grand (1665)Alexandre le grand (1665), III, 2Andromaque (1667)Andromaque (1667), I, 1Andromaque (1667), I, 1, OresteAndromaque (1667), I, 1, PyladeAndromaque (1667), I, 2, PyrrhusAndromaque (1667), I, 4, AndromaqueAndromaque (1667), I, 4, PyrrhusAndromaque (1667), II, 1Andromaque (1667), II, 1, HermioneAndromaque (1667), II, 2, OresteAndromaque (1667), II, 5Andromaque (1667), II, 5, PyrrhusAndromaque (1667), III, 1Andromaque (1667), III, 1, OresteAndromaque (1667), III, 1, Pylade