Œuvre
Phèdre (1677), I, 3, Phèdre
Ariane, ma soeur, de quel amour blessée, - Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée!
Ce n'est plus une ardeur dans mes veines cachée: - C'est vénus tout entière à sa proie attachée.
Ciel! que lui vais-je dire, et par où commencer?
Dieux! que ne suis-je assise à l'ombre des forêts!
Je ne me soutiens plus; ma force m'abandonne. - Mes yeux sont éblouis du jour que je revoi, - Et mes genoux tremblants se dérobent sous moi.
Je voulais en mourant prendre soin de ma gloire, - Et dérober au jour une flamme si noire ...
Quand pourrai-je aux travers d'une noble poussière, - Suivre de l'oeil un char fuyant dans la carrière?
Que ces vains ornements, que ces voiles me pèsent! - Quelle importune main, en formant tous ces noeuds, - A pris soin sur mon front d'assembler mes cheveux? - Tout m'afflige et me nuit, et conspire à me nuire.
Soleil, je te viens voir pour la dernière fois.
Dieux! Que ne suis-je assise à l'ombre des forêts! - Quand pourrai-je, au travers d'une noble poussière, suivre de l'oeil un char fuyant dans la carrière?
N'allons point plus avant. Demeurons, chère Oenone. - Je ne me soutiens plus: ma force m'abandonne. - Mes yeux sont éblouis du jour que je revoi, - Et mes genoux tremblants se dérobent sous moi. - Hélas!
Tu vas ouïr le comble des horreurs... - J'aime... A ce nom fatal, je tremble, je frissonne. - J'aime...
C'est Vénus toute entière à sa proie attachée.