Auteur

Jean de La Bruyère

Si nos ancêtres ont mieux écrit que nous, ou si nous l'emportons sur eux par le choix des mots, par le tour et l'expression, par la clarté et la brièveté du discours, c'est une question souvent agitée, toujours indécise.
Il semble qu'il est moins rare de passer de l'antipathie à l'amour qu'à l'amitié.
Négliger vêpres comme une chose antique et hors de mode, garder sa place soi-même pour le salut, savoir les êtres de la chapelle, connaître le flanc, savoir où l'on est vu et où l'on n'est pas vu.
L'antithèse est une opposition de deux vérités qui se donnent du jour l'une à l'autre.
Il apparaît de temps en temps sur la surface de la terre des hommes rares, exquis, qui brillent par leur vertu, et dont les qualités éminentes jettent un éclat prodigieux.
La paresse, l'indolence et l'oisiveté, vices si naturels aux enfants, disparaissent dans leurs jeux, où ils sont vifs, appliqués, exacts ...
Il n'y a aucun métier qui n'ait son apprentissage.
Les grandes choses étonnent, et les petites rebutent; nous nous apprivoisons avec les unes et les autres par l'habitude.
Les meilleures actions s'altèrent et s'affaiblissent par la manière dont on les fait, et laissent même douter des intentions.
Nous n'approuvons les autres que par les rapports que nous sentons qu'ils ont avec nous-mêmes; et il semble qu'estimer quelqu'un c'est l'égaler à soi.
Nous, qui sommes si modernes, serons anciens dans quelques siècles.
On ne reverra plus un homme qui mange tant et qui mange si bien; aussi est-il l'arbitre des bons morceaux, et il n'est guère permis d'avoir du goût pour ce qu'il désapprouve.
Admire-t-on une vaste et profonde littérature qui aille fouiller dans les archives de l'antiquité?
Il travaille aux inscriptions des arcs et des pyramides qui doivent orner la ville capitale un jour d'entrée.
Si on le prie de s'asseoir, il se met à peine sur le bord d'un siège; il parle bas dans la conversation, et il articule mal... Il est pauvre.
Il y a dans quelques femmes une grandeur artificielle, attachée au mouvement des yeux, à un air de tête, aux façons de marcher, et qui ne va pas plus loin ...
Ces grands artisans de la parole, ces premiers maîtres de l'éloquence française.
Il sentirait d'abord l'empire et l'ascendant qu'on peut prendre sur son esprit, et il secouerait le joug par honte ou par caprice: il faut tenter auprès de lui les petites choses, et de là le progrès jusqu'aux plus grandes est immanquable.
Il coûte à un homme de mérite de faire assidûment sa cour, mais par une raison bien opposée à celle que l'on pourrait croire.
Il n'oublie pas les hors-d'oeuvre, le fruit et les assiettes; il nomme tous les vins et toutes les liqueurs dont il a bu; il possède le langage des cuisines autant qu'il peut s'étendre, et il me fait envie de manger à une bonne table où il ne soit point.
Un homme du peuple, à force d'assurer qu'il a vu un prodige, se persuade faussement qu'il a vu un prodige.
Tous les espaces du monde entier ne sont qu'un point, qu'un léger atome, comparés à son immensité.
Le Cid enfin est l'un des plus beaux poèmes que l'on puisse faire; et l'une des meilleurs critiques qui aient été faites sur aucun sujet est celle du Cid.
Qui a vécu un seul jour a vécu un siècle: même soleil, même terre, même monde, mêmes sensations; rien ne ressemble mieux à aujourd'hui que demain.
Une grande reconnaissance emporte avec soi beaucoup de goût et d'amitié pour la personne qui nous oblige.

Œuvres de Jean de La Bruyère

CaractèresDiscours de réception à l'Académie française, 15 juin 1693.Discours de réception à l'Académie française.Les Caractères (1696)Les Caractères (1696), 1, I, De la modeLes Caractères (1696), 1, I, Des ouvrages de l'espritLes Caractères (1696), 10, I, Des jugementsLes Caractères (1696), 10, I, Des ouvrages de l'espritLes Caractères (1696), 10, IV, De l'hommeLes Caractères (1696), 10, IV, Du coeurLes Caractères (1696), 11, I, De la modeLes Caractères (1696), 11, I, Des esprits fortsLes Caractères (1696), 11, I, Des ouvrages de l'espritLes Caractères (1696), 11, IV, De quelques usagesLes Caractères (1696), 11, VI, Du souverain ou de la RépubliqueLes Caractères (1696), 119, I, De l'hommeLes Caractères (1696), 119, VI, Des jugementsLes Caractères (1696), 12, I, Des ouvrages de l'espritLes Caractères (1696), 12, IV, Du souverain ou de la RépubliqueLes Caractères (1696), 12, VIII, De l'homme