Une des plus fréquentes sources d'erreurs politiques est d'attribuer à des causes uniques des événements issus de causes nombreuses et compliquées.
Auteur
Gustave Le Bon
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Quelle que soit l'intelligence d'un homme d'Etat, en arrivant au pouvoir il cherche à suivre l'opinion mobile des foules pour se rendre populaire. C'est ainsi que, souvent, il perd le pouvoir.
La crainte des électeurs, la peur des responsabilités, la préoccupation exclusive de l'heure présente, constituent pour un homme politique moderne trois sources d'erreur auxquelles il lui est difficile d'échapper.
Un gouvernement faible a pour terminaison nécessaire un gouvernement anarchique, auquel succède bientôt un gouvernement despotique.
L'impartialité en politique est impossible parce que l'homme impartial aurait immédiatement contre lui tous les partis, y compris celui auquel il appartient.
Dans le régime démocratique, les chefs sont souvent plus disposés à obéir qu'à commander. Ils finissent ainsi par perdre tout prestige.
Bien que la politique soit certainement l'art dont la pratique exigerait le plus de jugement, c'est celui où il s'en dépense le moins.
Le capital matériel d'un peuple peut être détruit dans une guerre. Le capital moral, constitué par l'intelligence, le pouvoir d'organisation et la capacité technique, étant indestructible, permet de reconstituer rapidement le capital matériel.
Si la raison pouvait exercer un rôle quelconque sur les relations entre les peuples, ils seraient vite persuadés que leur intérêt est de s'entr'aider au lieu de s'entre-détruire.
Le premier acte de la guerre mondiale, la lutte militaire, est aujourd'hui terminé. Le second acte, la guerre économique, commence. Le troisième acte, lutte de la race jaune contre la race blanche pour l'hégémonie de l'asie, semble prochain.
Depuis les origines de l'histoire, les relations entre peuples faibles et peuples forts furent exactement celles du gibier avec le chasseur.
L'idée finit quelquefois par dominer le canon, mais privée de la protection du canon elle reste sans force.
Aimez-vous les uns les autres, conseillent inutilement les religions; supportez-vous, exigent simplement les codes. Aidez-vous deviendra la maxime de l'avenir quand les peuples auront découvert l'interdépendance qui les lie.
Les peuples vivent surtout d'espérances. Leurs révolutions ont pour but de substituer des espérances nouvelles à d'anciennes espérances devenues sans force.
Un pays est voué aux révolutions dès que les partis ayant intérêt à défendre l'ordre établi deviennent moins énergiques que ceux qui aspirent à le détruire.
Lorsque les nécessités économiques sont contraires aux impulsions affectives et mystiques qui mènent les hommes, une révolution devient inévitable.
Quand la haine remplace chez l'inférieur le respect du supérieur, une révolution est proche.
Les rêveurs n'ont aucun pouvoir créateur, mais ils possèdent parfois une puissance destructive considérable. Sous leur dissolvante action, les institutions péniblement édifiées par le temps se désagrègent avec une extrême rapidité.
Un gouvernement révolutionnaire ne subsiste qu'à la condition de tomber sous le despotisme de quelques meneurs.
On ne rencontre guère d'exemple dans l'histoire de révolutions n'ayant pas finalement engendré des résultats absolument contraires à ceux que poursuivaient leurs auteurs.
D'après tous les enseignements de l'histoire des révolutions, l'extrémisme en politique a comme terminaison nécessaire soit la destruction de la civilisation où il sévit, soit l'anarchie et la dictature.
Il faut beaucoup d'années à un peuple pour acquérir un équilibre durable et peu de temps pour le perdre.
Alors que la solidarité des peuples devrait être la loi des temps modernes, une haine intense plane sur l'univers. Haine entre nations, entre classes diverses d'une même nation, haine entre partis politiques de chaque classe.
Si, dans leurs relations, les individus se conduisaient avec autant de mauvaise foi et de méfiance que les peuples entre eux, aucune société ne pourrait durer.
Si intense soit la haine entre peuples, elle n'est jamais aussi vive qu'entre les partis politiques d'un même peuple.
Œuvres de Gustave Le Bon
Aphorismes du temps présentAphorismes du temps présent (1913)Bases scientifiques d'une philosophie de l'histoire (1931)Hier et DemainHier et demain. Pensées brèves (1918)L'Homme et les sociétés - Leurs origines et leur histoire (1881)L'évolution de la matière (1905)La Civilisation des Arabes (1884)La Révolution française et la psychologie des révolutions (1912)La vie (Traité de physiologie humaine) (1874)Le Déséquilibre du monde (1923)Les Civilisations de l'Inde (1893)Les Incertitudes de l'heure présenteLes Incertitudes de l'heure présente (1923)Les Incertitudes de l'heure présente (1924)Les Opinions et les CroyancesLes Opinions et les croyances (1911)Lois psychologiques de l'évolution des peuples (1894)Psychologie des foules (1895)Psychologie des temps nouveaux (1920)