Œuvre

Aphorismes du temps présent

Chez beaucoup d'hommes, la parole précède la pensée. Ils savent seulement ce qu'ils pensent après avoir entendu ce qu'ils disent.
L'amitié est plus souvent une porte de sortie qu'une porte d'entrée de l'amour.
L'amour craint le doute, cependant il grandit par le doute et périt souvent de la certitude.
La libre pensée ne constitue souvent qu'une croyance, qui dispense de la fatigue de penser.
Les gens vertueux se vengent souvent des contraintes qu'ils s'imposent par l'ennui qu'ils inspirent.
Les révolutions n'ont généralement pour résultat immédiat qu'un déplacement de servitude.
Si l'athéisme se propageait, il deviendrait une religion aussi intolérable que les anciennes.
Un délit généralisé devient bientôt un droit.
Une année qui finit, c'est une pierre jetée au fond de la citerne des âges et qui tombe avec des résonances d'adieu.
A chacune de ses escales, le bateau du Temps débarque une gloire. Mais il arrive qu'il la réembarque lors d'une escale nouvelle.
Le véritable homme d'Etat est celui qui s'institue arbitre impartial entre ses ambitions et l'intérêt général.
«Qui donne aux pauvres prête à Dieu». C'est entendu mais certains, qui ont plus l'âme du créancier que du donateur, réclament des intérêts et stipulent des garanties de remboursement.
La charité est une vertu agissante. La philanthropie n'est souvent qu'une attitude électorale.