Œuvre

Hier et demain. Pensées brèves (1918)

Une éducation capable d'accroître le jugement et la volonté est parfaite, quelles que soient les choses enseignées. Avec ces seules qualités, l'homme sait orienter sa destinée. Mieux vaut comprendre qu'apprendre.
La raison sert beaucoup plus à justifier la conduite qu'à la diriger.
Les hommes de pensée préparent les hommes d'action, ils ne les remplacent pas.
Tout être porte en lui des possibilités latentes de caractère léguées par ses divers aïeux, que les événements font surgir.
La patrie n'est pas constituée seulement par le sol où nous vivons, mais aussi par les ombres des aïeux qui continuent à vivre en nous et contribuent à élaborer notre destinée.
Les révolutionnaires russes ont oublié de méditer ce mot de Napoléon : L'anarchie ramène toujours au pouvoir absolu.
Le savant capable de résoudre les problèmes résolus à chaque instant par les cellules d'un être vivant posséderait une intelligence si immensément supérieure à celle des autres hommes qu'il mériterait d'être considéré comme un Dieu.
Un pays sans capital est un pays sans défense.
Gouverner c'est pactiser, pactiser n'est pas céder.
La plupart des chagrins et des joies de l'existence résultent de ce que nous attachons aux choses une importance disproportionnée à leur valeur.
L'art de commander n'est complet que s'il a pour soutien l'art de persuader.
Pas de progrès sans concurrence, et par conséquent sans luttes industrielles.
Une des vérités les mieux démontrées par les faits est qu'un pays ne gagne rien à vouloir s'annexer des territoires étrangers contre la volonté des peuples.
Les personnes ayant l'habitude de tout critiquer sont généralement celles qui possèdent le moins d'esprit critique.
Achille est célèbre depuis trois mille ans pour des exploits qui, de nos jours, ne lui vaudraient pas la croix de guerre.
Tout peuple qui se développe avec excès devient fatalement envahisseur et destructeur des peuples dont la fécondité est moindre.
Les foules s'imaginent volontiers que leurs gouvernants appartiennent à une humanité supérieure infaillible. De là leurs fureurs dès qu'une défaillance révèle l'homme derrière l'idole.
Les guerres modernes sont des guerres d'industriels beaucoup plus que de généraux.
Les luttes économiques sont parfois aussi ruineuses que les luttes militaires. L'histoire montre qu'elles engendrèrent la décadence de plusieurs pays.
Une des plus dangereuses habitudes des hommes politiques médiocres est de promettre ce qu'ils savent ne pouvoir tenir.
L'homme politique qui dépense son activité en paroles la dépense rarement en actions.
L'homme incapable de dominer ses nerfs est indigne d'occuper le plus humble échelon de la puissance politique.
L'absence de clairvoyance et l'irrésolution constituent les plus habituels défauts des hommes politiques. Ne sachant pas diriger les événements, ils se laissent dominer par eux, et subissent tous les hasards.
Refuser d'accepter l'hypothèse pour guide est se condamner à prendre le hasard pour maître.
Nos vertus resteraient parfois bien incertaines si, à défaut de l'espoir d'une récompense, elles n'avaient la vanité pour soutien.