Auteur

Georges Rodenbach

Dans le deuil, dans le noir et le vide des rues - La pluie; elle s'égoutte à travers nos remords - Comme les pleurs muets des choses disparues, - Comme les pleurs tombant de l'oeil fermé des morts, - Dans le deuil, dans le noir et le vide des rues!
Les rêves sont les clés pour sortir de nous-mêmes.
Douceur du soir! Douceur de la chambre sans lampe! - Le crépuscule est doux comme une bonne mort - Et l'ombre lentement qui s'insinue et rampe - Se déroule en pensée au plafond. Tout s'endort.
Certes elle avait toujours les mêmes yeux. Mais, si les yeux sont les fenêtres de l'âme, il est certain qu'une autre âme y émergeait aujourd'hui que dans ceux, toujours présents, de la morte.
O Seigneur, donnez-moi mon Rêve quotidien!
C'était Bruges-la-Morte, elle-même mise au tombeau de ses quais de pierre, avec les artères froidies de ses canaux, quand avait cessé d'y battre la grande pulsation de la mer.
Je fus de ces songeurs douloureux et timides. - Ils ont tout dépensé sans avoir rien reçu, - Mais leur mal glorieux personne ne l'a su: - Le mal des coeurs naïfs et des âmes candides.
Vivre comme en exil, vivre sans voir personne - Dans l'immense abandon d'une ville qui meurt, - Où jamais on n'entend que la vague rumeur - D'un orgue qui sanglote ou du Beffroi qui sonne.
Quel orgueil d'être seul, les mains contre son front, - A noter des vers doux comme un accord de lyre - Et songeant à la mort prochaine, de se dire: - Peut-être que j'écris des choses qui vivront!
Hugues songeait : quel pouvoir indéfinissable que celui de la ressemblance ! Elle correspond aux deux besoins contradictoires de la nature humaine : l'habitude et la nouveauté.

Œuvres de Georges Rodenbach

Bruges-la-Morte (1892)La Jeunesse blanche (1886), PrologueLa Jeunesse blanche (1886), SeulLa Jeunesse blanche (1886), Veillée de gloireLe Règne du SilenceLe Règne du Silence (1891), Au fil de l'âmeLe Règne du Silence, Au fil de l'eauLe Règne du Silence, Paysages de ville