Auteur

Eric Dupond-Moretti

Mon ministère sera celui de l’antiracisme et des droits de l’Homme.
Un poste de ministre de la Justice ? D’abord personne ne me le proposera, ce serait un bordel...Une idée saugrenue, incongrue, invraisemblable.
Un poste de ministre de la Justice ? Ce n’est pas mon métier. Il faut en avaler des couleuvres pour faire de la politique. D’abord il faut être d’accord avec tous les copains du gouvernement auquel on appartient soi-même. Il faut manger son chapeau.
Un poste de ministre de la Justice ? Non, c’est une discipline. Je n’aimerais pas faire ça.
J’aime rouler sur l’autoroute, surtout la nuit. C’est propice à l’introspection. Avec du Ferré, c’est magique.
Prendre la route entraîne parfois un sentiment de liberté, même si c’est illusoire.
Le médecin n’a pas de raisons de revoir son patient une fois qu’il l’a guéri. C’est pareil pour moi : je rentre dans la vie de mes clients parce qu’ils m’ont choisi professionnellement, j’essaye de remettre les choses en état, de défendre leur vérité, puis je pars comme je suis venu. J’aime cette idée : rentrer dans la vie d’un type, lui rendre sa liberté, puis partir parce que tu n’as rien à y faire, dans sa liberté. C’est tellement beau.
L’argent, c’est un signe de réussite sociale, de notoriété, pas forcément de compétence. Il y a des avocats médiatiques, sollicités, onéreux qui sont des daubes. Et d’excellents avocats qui font le choix de défendre les modestes.
Le vin, comme la nuit, révèle les êtres. Il faudrait recommander de boire avec excès plutôt qu’avec avec modération. L’alcool libère les langues et les esprits, révèle les âmes généreuses et les natures ombrageuses. Et les cons aussi.
La plupart des avocats sont des mecs marrants, irrévérencieux, insolents, un peu anars. Une tablée d’avocats, c’est un joyeux bordel : on déconne, on picole, on refait le monde. Cinq avocats se marrent mieux que cinq juges.
Acquittator c’est gentil, mais j’ai pris plus de tôles que de bons résultats.
Il y a un acteur dans chaque avocat. C’est par le prisme de ce que l’on est, de notre histoire, que l’on va chercher de l’émotion. Mais nous, on ne peut pas refaire la prise. Et surtout, au cinéma, personne ne joue sa peau : la différence est abyssale.
J’ai très vite voulu sortir de l’enfance. Je n’étais pas bien heureux. J’étais complexé, trop gros, asthmatique.
J’ai perdu des choses imperdables. Gagner des choses ingagnables ne compense pas.
La justice est l’émanation du pouvoir des souverains [...]. Je respecte les institutions mais je ne veux pas qu’on me fasse chier.
Que les hommes s’arrogent le droit de juger leurs contemporains, c’est un vrai mystère.
Oui, il m’est arrivé de plaider l’innocence d’un individu alors que j’avais l’intime conviction qu’il était coupable. Le jour où je deviens le juge de celui que je défends, j’arrête le métier. Est-ce qu’un médecin peut refuser de soigner une cirrhose à un alcoolique ?
Je crois à une force supérieure. Dans la Bible, il y a des choses qui me parlent. Que deux criminels aient côtoyé le Christ, ça me touche. Qu’une prostituée lave ses pieds, ça a de la gueule.
A la maison, ce n’était pas Zola, on mangeait bien. Mais ce n’était pas l’opulence non plus. Tout bourgeois que je suis devenu, je n’ai pas oublié d’où je viens. Ma mère n’a pas bossé pour rien. Elle est fière. Évidemment, elle a vécu à travers mon parcours une forme de revanche sociale. Le sentiment de classe, c’est douloureux.
Je ne suis pas modeste, c’est une certitude. Quand j’enlève ma robe noire, mon costume d’avocat, je ne suis pas sûr de moi. Pas du tout sûr de moi.
Il suffit d’avoir un peu fréquenté la justice dans sa quotidienneté pour se rendre compte qu’il y a des vérités plurielles, mais pas une vérité. Il y a une vérité judiciaire qui n’est pas toujours la vérité. À partir de cela, la justice doit être rendue dans l’humilité
Je fais mienne cette citation de Nietzsche : « Ce qui rend fou, ce n’est pas le doute, c’est la certitude. » Cela devrait être inscrit sur tous les frontons des palais de justice.
Mais vous savez, dès qu’on veut réformer à la Justice, c’est comme quand on s’attaque à l’Enseignement, les boucliers se lèvent ! C’est une espèce intouchable. Je suis aussi pour un système qui mette en place la responsabilité des juges. La justice est indépendante, oui, mais l’indépendance cela ne signifie pas faire n’importe quoi.
La justice, c’est une administration à laquelle on a donné le nom d’une vertu. Ça n’est rien d’autre que cela. Elle a les qualités et les défauts d’une administration. Moi, je ne voudrais pas avoir à faire à la justice.
Il n’y a jamais eu de justice. Ce n’est pas un phénomène nouveau. À partir du moment où les hommes bricolent avec la vertu, cela donne forcément des choses bancales.

Œuvres de Eric Dupond-Moretti

Bête noire (2012)Conférence de la journée à l'Université d'été du Medef (2012)Directs du droit (2017)Interview Paris Normandie, juin 2014Interview émission L’Entretien d’Audrey, par Audrey Crespo-Mara le 15 avril 2018Le dictionnaire de ma vie (2016)Les Inrocks Portrait de nuit : Eric Dupond-Moretti, par Alexandre Comte le 19/02/14Passations de pouvoir dans les ministères le 07 juillet 2020