Il y a plusieurs manières de défendre la vie de nos enfants. En assurant la sécurité publique, oui ! En punissant ceux qui les agressent, ceux qui les tuent, oui encore, quand des juges sans colère ni vengeresse précipitation les auront estimés coupables. Mais défendre ceux que l’on aime c’est aussi, c’est surtout, leur construire un monde où la justice l’emporte sur la violence, le courage sur la lâcheté, la politique sur la démagogie.
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Le médecin n’a pas de raisons de revoir son patient une fois qu’il l’a guéri. C’est pareil pour moi : je rentre dans la vie de mes clients parce qu’ils m’ont choisi professionnellement, j’essaye de remettre les choses en état, de défendre leur vérité, puis je pars comme je suis venu. J’aime cette idée : rentrer dans la vie d’un type, lui rendre sa liberté, puis partir parce que tu n’as rien à y faire, dans sa liberté. C’est tellement beau.
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L'impartialité, c'est comme la beauté : il faut laisser aux autres le soin d'en juger.
Mon ministère sera celui de l’antiracisme et des droits de l’Homme.
La question qu'on me pose régulièrement - « Mais comment pouvez-vous donc défendre un assassin ? » - n'a aucun sens. Primo : nous autres pénalistes, ne faisons pas de morale, mais du droit; reprocherait-on, par exemple, à un chirurgien d'opérer un malade du foie pour lui sauver la vie, au motif que s'il est mourant c'est parce qu'il buvait de trop ? Pour l'avocat, c'est la même logique: sa robe est au service de celui qui la demande, à condition qu'il ne me demande pas de plaider une absurdité. Secundo: beaucoup d'accusés reconnaissent avoir commis le crime dont ils répondent, il ne s'agit pas d'entonner le grand air de l'acquittement en dépit du bon sens. Tertio: Si personne ne défend les assassins, il n' a plus de justice, seulement une vengeance légale.
Si, comme l'a dit Robert Badinter, le crime est « le lieu géométrique du malheur humain » , la cour d'assises, qui juge les criminels, est un lieu de combat autant que de douleur. La machine à juger, telle qu'elle a été conçue au fil des siècles, oblige la défense, si elle veut se faire entendre, à imposer un rapport de force - le sien.
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J’aime rouler sur l’autoroute, surtout la nuit. C’est propice à l’introspection. Avec du Ferré, c’est magique.
Prendre la route entraîne parfois un sentiment de liberté, même si c’est illusoire.
L’argent, c’est un signe de réussite sociale, de notoriété, pas forcément de compétence. Il y a des avocats médiatiques, sollicités, onéreux qui sont des daubes. Et d’excellents avocats qui font le choix de défendre les modestes.
Le vin, comme la nuit, révèle les êtres. Il faudrait recommander de boire avec excès plutôt qu’avec avec modération. L’alcool libère les langues et les esprits, révèle les âmes généreuses et les natures ombrageuses. Et les cons aussi.
La plupart des avocats sont des mecs marrants, irrévérencieux, insolents, un peu anars. Une tablée d’avocats, c’est un joyeux bordel : on déconne, on picole, on refait le monde. Cinq avocats se marrent mieux que cinq juges.