Juger, c’est comprendre à un instant T ; la bonne sentence d’hier serait aujourd’hui déplacée, la juste peine d’aujourd’hui sera ridicule demain.
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La question qu'on me pose régulièrement - « Mais comment pouvez-vous donc défendre un assassin ? » - n'a aucun sens. Primo : nous autres pénalistes, ne faisons pas de morale, mais du droit; reprocherait-on, par exemple, à un chirurgien d'opérer un malade du foie pour lui sauver la vie, au motif que s'il est mourant c'est parce qu'il buvait de trop ? Pour l'avocat, c'est la même logique: sa robe est au service de celui qui la demande, à condition qu'il ne me demande pas de plaider une absurdité. Secundo: beaucoup d'accusés reconnaissent avoir commis le crime dont ils répondent, il ne s'agit pas d'entonner le grand air de l'acquittement en dépit du bon sens. Tertio: Si personne ne défend les assassins, il n' a plus de justice, seulement une vengeance légale.
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En France, la présomption d'innocence est un leurre absolu. La parole de l'accusateur pèse cent fois plus lourd que celle de l'accusé. Le poids de l'aveu, quelles que soient les conditions dans lesquelles il a été arraché, écrase la rétractation.
La justice se fourvoie quand elle perd de vue ce pourquoi elle a été organisée : faire du droit, pas de la morale.
Je ne suis pas modeste, c’est une certitude. Quand j’enlève ma robe noire, mon costume d’avocat, je ne suis pas sûr de moi. Pas du tout sûr de moi.
La justice est l’émanation du pouvoir des souverains [...]. Je respecte les institutions mais je ne veux pas qu’on me fasse chier.
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L'impartialité, c'est comme la beauté : il faut laisser aux autres le soin d'en juger.
Je peux défendre un révisionniste mais je ne défendrais jamais le révisionnisme.
En matière judiciaire, la morale a souvent le visage des évidences trop faciles et les oripeaux de la présomption de culpabilité.
Rien n'est plus éloquent que le silence, aux assises comme dans tous les lieux sacrés.
Laissez-moi vous emmener aux assises. Regardez comment, aujourd’hui, dans notre pays qui se veut celui des Droits de l’homme, on juge un homme pour un crime de sang. Observez le président quand il pose ses questions, devinez qui l’agace le plus : l’accusé, l’avocat qui le défend, ou l’avocat général qui l’accuse ? Prêtez attention aux arguments de ce dernier, chargé de prouver la culpabilité de l’homme du box : Est-il convaincant ? Fait-il des efforts pour l’être ?