Auteur

Charles de Secondat, baron de Montesquieu

Vérité dans un temps, erreur dans un autre.
L'ouvrier qui a donné à ses enfants son art pour héritage, leur a laissé un bien qui s'est multiplié à proportion de leur nombre. Il n'en est pas de même de celui qui a dix arpents de fonds pour vivre, et qui les partage à ses enfants.
La vertu même a besoin de limites.
Pour qu'un homme soit au-dessus de l'humanité, il en coûte trop cher à tous les autres.
Il y a de tels climats où la physique a une telle force que la morale n'y peut presque rien. Laissez un homme avec une femme; les tentations seront des chutes, l'attaque sûre, la résistance nulle. Dans ces pays, au lieu de préceptes, il faut des verrous.
Les gens qui veulent toujours enseigner, empêchent beaucoup d'apprendre.
Dans toute magistrature, il faut compenser la grandeur de la puissance par la brièveté de sa durée.
Tout homme est capable de faire du bien à un homme; mais c'est ressembler aux dieux que de contribuer au bonheur d'une société entière.
Je connais une femme qui marche assez bien, mais qui boite dès qu'on la regarde.
L'espionnage serait peut-être tolérable s'il pouvait être exercé par d'honnêtes gens.
Les conquêtes sont aisées à faire, parce qu'on les fait avec toutes ses forces; elles sont difficiles à conserver, parce qu'on ne les défend qu'avec une partie de ses forces.
L'effet ordinaire des colonies est d'affaiblir les pays d'où on les tire, sans peupler ceux où on les envoie.
Ce qui n'est point utile à l'essaim, n'est point utile à l'abeille.
J'ai l'ambition qu'il faut pour me faire prendre part aux choses de cette vie; je n'ai point celle qui pourrait me faire trouver du dégoût dans le poste où la Nature m'a mis.
La fureur de la plupart des Français, c'est d'avoir de l'esprit, et la fureur de ceux qui veulent avoir de l'esprit, c'est de faire des livres.
C'est toujours un grand malheur pour elle d'être contrainte d'aller chercher un second mari lorsqu'elle a perdu la plupart de ses agréments chez un autre.
On apprête le café de telle manière qu'il donne de l'esprit à ceux qui en prennent.
Je suis un bon citoyen parce que j'aime le gouvernement où je suis né, sans le craindre, et que je n'en attends d'autres faveurs que ce bien infini que je partage avec tous mes compatriotes.
Quand dans un royaume il y a plus d'avantage à faire sa cour qu'à faire son devoir, tout est perdu.
Je n'ai pas été fâché de passer pour distrait: cela m'a fait hasarder bien des négligences qui m'auraient embarrassé.
Sitôt que les hommes sont en société, ils perdent le sentiment de leur faiblesse; l'égalité qui est entre eux cesse, et l'état de guerre commence.
On ne sait que ce que l'on pratique.
Je n'ai pas aimé à faire ma fortune par le moyen de la Cour; j'ai songé à la faire en faisant valoir mes terres et à tenir toute ma fortune immédiatement de la main des dieux.
J'ai eu, d'abord, en voyant la plupart des grands, une crainte puérile. Dès que j'ai eu fait connaissance, j'ai passé, presque sans milieu, jusqu'au mépris.
J'ai naturellement eu de l'amour pour le bien et l'honneur de ma patrie, et peu pour ce qu'on en appelle la gloire.

Œuvres de Charles de Secondat, baron de Montesquieu

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