- Vous êtes libre ce soir? - - Oui, mais permettez-moi de le rester.
Si partir c'est mourir un peu, mourir c'est définitivement y rester.
L'humanité ne progresse pas. Elle redispose autrement, selon d'autres convenances, d'après des aspirations différentes. Le système de hiérarchie avait ses défauts, mais celui de l'oppression par l'argent ne me semble pas préférable.
Tout ce que faisait Louis XIV était exemplaire, même sa mort. Louis XV s'est rattrapé de justesse. Mais chez Louis XIV il n'y eut pas la moindre faiblesse. Tout en lui était admirable et son agonie est un sommet.
Un mariage ? Quelle importance ! C'est l'attitude de son meilleur ami, le duc de Boufflers, que l'on vient de marier. J'ai aussi présentement une femme, mais je ne pourrai coucher de longtemps avec elle a-t-il dit au roi, sans s'émouvoir autrement.
Le Régent déteste Versailles. Si, selon la suggestion du duc de Noailles, on avait rasé le château, il n'en aurait eu aucun regret. Ah non ! Retour à Versailles, retour à la case marécage.
Il a découvert les jeux de hasard. S'en remettre à la chance et accepter la malchance convient à sa conviction de mélancolique, à son fatalisme religieux : agir ne sert à rien. Les jeux sont faits. De toute éternité.
Dans le bonheur de se trouver au Grand Café de Turin il y a, conscient ou non, le fait qu'il appartient à l'espace voûté des arcades, à leur protection.
C'est naïf mais irrésistible une fois qu'on a goûté au pouvoir, on a du mal à s'en déprendre.
Elle boit à la santé de ses parents, du roi de France, à la sienne. La ritournelle n'est plus : « Quand est-ce qu'on arrive ? » mais : « Le roi mon mari, il jouera avec moi ? »
Il apprécie les promenades solitaires, car il considère que la promenade est essentiellement une manière de converser avec soi et, dans ce dialogue, de se « laisser surprendre par soi- même ».
Le voyage n'était pas conçu dans un programme de vacances, comme une pause dans l'organisation du travail et sa rentabilité. Il était pensé par rapport au « métier de vivre » et à son intelligence. Il n'était pas lié à une saison, l'été, mais à un âge de la vie, la jeunesse. Il répondait à une nécessité intérieure. C'était dans un XIXème siècle encore vierge de l'industrie du tourisme, de son impérialisme pacifique en apparence, meurtrier en réalité, puisqu'il néantise dans un même mouvement le voyageur et l'indigène, le visiteur et son hôte.
Le tourisme est la réalisation achevée d'un univers de la désespérance. Cet enfer bien tempéré englobe dans sa mise en spectacle, ou dans sa machine à produire de l'authentique, n'importe quelle partie du monde, n'importe quelle activité, n'importe quel geste.
Sans être prisonnier du carcan d'un voyage organisé, on éprouve la même asphyxie, la même impossibilité à intérioriser un lieu, à voir et à se mouvoir, lorsqu'une personne bien intentionnée se propose de vous servir de guide et ne vous lâche pas. Grâce à elle, vous ne vous perdez pas et vous ne manquez rien « d'important ».
C'est naïf mais irrésistible ; une fois qu'on a goûté au pouvoir, on a du mal à s'en déprendre. On a beau être lucide, savoir que plus l'on gagne en puissance, moins l'on compte personnellement, puisque l'on n'est qu'un pion sur l'échiquier des ambitieux qui s'agitent au-dessous de vous, on s'accroche, on repousse autant que possible le moment de sortir du cercle de lumière, de son bruissement de louanges et compliments – le moment où l'on va se trouver seul dans le noir, chassé du monde, rayé des vivants.
En fait, on sait bien que ce qui a mis à sec les finances de la France, c'est la guerre d'Indépendance américaine, et pas les chaussures de Marie-Antoinette. Mais avec les femmes au pouvoir, on en vient toujours aux paires de chaussures.
Le voyage fait de chacun un écrivain : au revoir, je vous écrirai, je vous décrirai ce qui nous sépare.
Œuvres de Chantal Thomas