Un mariage ? Quelle importance ! C'est l'attitude de son meilleur ami, le duc de Boufflers, que l'on vient de marier. J'ai aussi présentement une femme, mais je ne pourrai coucher de longtemps avec elle a-t-il dit au roi, sans s'émouvoir autrement.
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C'est naïf mais irrésistible ; une fois qu'on a goûté au pouvoir, on a du mal à s'en déprendre. On a beau être lucide, savoir que plus l'on gagne en puissance, moins l'on compte personnellement, puisque l'on n'est qu'un pion sur l'échiquier des ambitieux qui s'agitent au-dessous de vous, on s'accroche, on repousse autant que possible le moment de sortir du cercle de lumière, de son bruissement de louanges et compliments – le moment où l'on va se trouver seul dans le noir, chassé du monde, rayé des vivants.
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Sans être prisonnier du carcan d'un voyage organisé, on éprouve la même asphyxie, la même impossibilité à intérioriser un lieu, à voir et à se mouvoir, lorsqu'une personne bien intentionnée se propose de vous servir de guide et ne vous lâche pas. Grâce à elle, vous ne vous perdez pas et vous ne manquez rien « d'important ».
Le voyage n'était pas conçu dans un programme de vacances, comme une pause dans l'organisation du travail et sa rentabilité. Il était pensé par rapport au « métier de vivre » et à son intelligence. Il n'était pas lié à une saison, l'été, mais à un âge de la vie, la jeunesse. Il répondait à une nécessité intérieure. C'était dans un XIXème siècle encore vierge de l'industrie du tourisme, de son impérialisme pacifique en apparence, meurtrier en réalité, puisqu'il néantise dans un même mouvement le voyageur et l'indigène, le visiteur et son hôte.
Si partir c'est mourir un peu, mourir c'est définitivement y rester.
Dans le bonheur de se trouver au Grand Café de Turin il y a, conscient ou non, le fait qu'il appartient à l'espace voûté des arcades, à leur protection.
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Un mariage ? Quelle importance ! C'est l'attitude de son meilleur ami, le duc de Boufflers, que l'on vient de marier. J'ai aussi présentement une femme, mais je ne pourrai coucher de longtemps avec elle a-t-il dit au roi, sans s'émouvoir autrement.
Le Régent déteste Versailles. Si, selon la suggestion du duc de Noailles, on avait rasé le château, il n'en aurait eu aucun regret. Ah non ! Retour à Versailles, retour à la case marécage.
Il a découvert les jeux de hasard. S'en remettre à la chance et accepter la malchance convient à sa conviction de mélancolique, à son fatalisme religieux : agir ne sert à rien. Les jeux sont faits. De toute éternité.
C'est naïf mais irrésistible une fois qu'on a goûté au pouvoir, on a du mal à s'en déprendre.
Elle boit à la santé de ses parents, du roi de France, à la sienne. La ritournelle n'est plus : « Quand est-ce qu'on arrive ? » mais : « Le roi mon mari, il jouera avec moi ? »