Auteur

Cécile Coulon

L'angoisse est un chancre, un rongeur insatiable qui creuse ses galeries dans nos tripes.
Eddy aime bien Kristina, parce qu'elle ne lui demandait jamais de lui dire je t'aime après le sacro-saint orgasme du vendredi soir.
Si l'on veut vivre en paix, il faut faire comme si on ne savait pas toute la douleur que l'autre endure. C'est mieux comme ça.
Il avait eu tout ce dont un enfant, tout ce dont un homme peut rêver pour commencer sa vie du bon pied dit-on. Il aurait aimé la finir de la même manière.
Il arrive, parfois, que les choses aillent à leur propre vitesse, sans se soucier de ceux qui sont blessés, ou de celles qui le seront bientôt.
Le temps avait sur elle l'effet d'une eau glacée sur un linge délicat : en vieillissant, Émilienne se ratatinait.
C'est donc cela, les pleurs, les vrais. Des blessures en avalanche, les muscles, la peau, les os, le sang, qui tentent de sortir par les yeux, qui fuient ce navire à la dérive, cette épave incapable d'accueillir d'autres matelas que ceux du passé, dont le pont s'est depuis longtemps écroulé sous le poids de ce grelot, énorme à présent, monstrueux, une gigantesque boule qui grossissait encore. C'est donc cela, les pleurs : le sacre du désespoir.
Émilienne ressemblait à ce que la terre avait fait d’elle : un arbre fort aux branches tordues.
Très tôt, sa grand-mère lui avait expliqué que le corps des femmes était « une ville » et celui des hommes « un village ». Les formes des femmes changeaient sans cesse, évoluaient, se répandaient à la vue des autres, la peau se gonflait en certains lieux et se creusait ailleurs, tandis que le corps des hommes, passé l’adolescence, gardait son aspect et sa taille initiale. L’âge et l’alcool pouvaient l’arrondir, mais il ne se métamorphosait pas.
il scruta son visage : elle avait vieilli. Ses yeux disparaissaient, enfoncés dans les rides qui les mangeaient, rivière jamais rassasiée. Le vert si dur, si beau de ce regard avalé par le temps se transformait en gris, un gris de terre, un gris de jument, un gris qui ternissait tout, amplifiait les petites peurs, les angoisses sans importance.
Elle l’avait laissé dehors pour qu’il se vide de ses larmes, de sa colère, de ses coups, oubliant que larmes, colères et coups sont des fleurs qui poussent en toute saison, même dans des yeux secs, même dans des corps aimés, même dans des coeurs réparés.
Larmes, colères et coups sont des fleurs qui poussent en toute saison, même dans des yeux secs, même dans des corps aimés, même dans des coeurs réparés.
Son visage semblait couler sur sa gorge et sa poitrine. Son corps, seul, aurait su tenir debout : mais à l’intérieur, son âme entière, son âme faite de tous ses âges, de toutes ses expériences, implosait.
La vieille savait ce qu’il endurait en présence du jeune homme et, dans ce silence de campagne, elle lui ordonnait de prendre modèle, de continuer, de ne pas se laisser happer par les trous de l’existence qui s’ouvraient devant lui. Elle lui enseignait qu’apprendre à vivre consistait à contourner ces trous.
Ses parents étaient presque épatés que ce fils s’en sorte si bien, il ne leur avait pas traversé l’esprit que ce petit puisse être meilleur que d’autres, alors qu’eux avaient toujours été moins bons que tout le monde.
Son corps avait pris de l’assurance, lui non. Son âme ressemblait à un miaulement sorti d’un bunker.
Des bulles d'haleine alcoolisée se formaient sous leur nez à mesure qu'ils expulsaient toute la crasse accumulée par leurs tripes durant des années de fêtes, de baptêmes, et d'enterrement.
Un roi ne doit jamais quitter son palais, parce qu'il ne sait pas ce qu'il peut trouver en retour, si retour il y a.
Les Hommes, pourtant, estiment pouvoir dominer la Nature, discipliner ses turbulences, ils pensent la connaître. Ils s'y engouffrent pour la combler de leur présence, en oubliant, dans un terrible excès d'orgueil, qu'elle était là avant, qu'elle ne leur appartient pas, mais qu'ils lui appartiennent.
Le monde ne comprendra jamais que les grands hommes ne sont pas ceux qui gagnent mais ceux qui n'abandonnent pas quand ils ont perdu.
Personne ne peut sauver personne, les gens doivent s’extirper d’eux-mêmes, sans attendre qu’une main vienne fouiller en eux pour en sortir le meilleur.
Peut-être que les gens vous aiment mieux quand ils ne vous connaissent pas. Quand ils peuvent vous modeler à leur désir.
Nous avons trois familles. Celle que l’on rêve d’avoir, celle que l’on croit avoir, et celle qu’on a vraiment. Déjà qu’avec une seule rien n’est simple, pas étonnant que ça craque.
Le goût de la victoire circulait dans sa bouche, bourdonnait dans ses oreilles, infiltrait ses narines et grisait sa pensée. Gagner. Que voulait-il faire de sa vie ? Il voulait gagner. Encore et encore. Jusqu’à vivre dans le vent.
Une chose est sûre, il ne suffit pas de savoir que quelqu'un ne reviendra pas pour cesser de l'attendre.

Œuvres de Cécile Coulon

Le Roi n'a pas sommeil (2012)Le coeur du pélican (2015)Le rire du grand blessé (2013)Méfiez-vous des enfants sages (2010)Une bête au paradis (2019)