Il arrive, parfois, que les choses aillent à leur propre vitesse, sans se soucier de ceux qui sont blessés, ou de celles qui le seront bientôt.
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il scruta son visage : elle avait vieilli. Ses yeux disparaissaient, enfoncés dans les rides qui les mangeaient, rivière jamais rassasiée. Le vert si dur, si beau de ce regard avalé par le temps se transformait en gris, un gris de terre, un gris de jument, un gris qui ternissait tout, amplifiait les petites peurs, les angoisses sans importance.
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Émilienne ressemblait à ce que la terre avait fait d’elle : un arbre fort aux branches tordues.
Nous avons trois familles. Celle que l’on rêve d’avoir, celle que l’on croit avoir, et celle qu’on a vraiment. Déjà qu’avec une seule rien n’est simple, pas étonnant que ça craque.
Ses parents étaient presque épatés que ce fils s’en sorte si bien, il ne leur avait pas traversé l’esprit que ce petit puisse être meilleur que d’autres, alors qu’eux avaient toujours été moins bons que tout le monde.
Son corps avait pris de l’assurance, lui non. Son âme ressemblait à un miaulement sorti d’un bunker.
Dans la même œuvre
Il arrive, parfois, que les choses aillent à leur propre vitesse, sans se soucier de ceux qui sont blessés, ou de celles qui le seront bientôt.
Le temps avait sur elle l'effet d'une eau glacée sur un linge délicat : en vieillissant, Émilienne se ratatinait.
C'est donc cela, les pleurs, les vrais. Des blessures en avalanche, les muscles, la peau, les os, le sang, qui tentent de sortir par les yeux, qui fuient ce navire à la dérive, cette épave incapable d'accueillir d'autres matelas que ceux du passé, dont le pont s'est depuis longtemps écroulé sous le poids de ce grelot, énorme à présent, monstrueux, une gigantesque boule qui grossissait encore. C'est donc cela, les pleurs : le sacre du désespoir.
Émilienne ressemblait à ce que la terre avait fait d’elle : un arbre fort aux branches tordues.
Très tôt, sa grand-mère lui avait expliqué que le corps des femmes était « une ville » et celui des hommes « un village ». Les formes des femmes changeaient sans cesse, évoluaient, se répandaient à la vue des autres, la peau se gonflait en certains lieux et se creusait ailleurs, tandis que le corps des hommes, passé l’adolescence, gardait son aspect et sa taille initiale. L’âge et l’alcool pouvaient l’arrondir, mais il ne se métamorphosait pas.