Auteur

Arthur Rimbaud

Je n'ai jamais été de ce peuple-ci; je n'ai jamais été chrétien, je suis de la race qui chantait dans le supplice.
Je redoute l'hiver parce que c'est la saison du confort!
La vie fleurit par le travail.
J'ai embrassé l'aube d'été.
Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sures, - L'eau verte pénétra ma coque de sapin - Et des taches de vins bleus et des vomissures - Me lava, dispersant gouvernail et grappin.
Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers, - Picoté par les blés, fouler l'herbe menue: - Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds. - Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Et l'Infini terrible effara ton oeil bleu!
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux - Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes.
Sur l'onde calme et moire où dorment les étoiles - La blanche Ophélia flotte comme un grand lys, - Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides - Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux.
C'est que les vents tombant des grands monts de Norvège - T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté.
Du jambon rose et blanc parfumé d'une gousse - D'ail, - et m'emplit la chope immense, avec sa mousse - Que dorait un rayon de soleil arriéré.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien: - Mais l'amour infini me montera dans l'âme, - Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien, - Par la Nature, - heureux comme avec une femme.
Tandis que les crachats rouges de la mitraille - Sifflent tout le jour par l'infini du ciel bleu; - Qu'écarlates ou verts, près du Roi qui les raille, - Croulent les bataillons en masse dans le feu.
C'est un trou de verdure où chante une rivière, - Accrochant follement aux herbes des haillons - D'argent; où le soleil, de la montagne fière, - Luit; c'est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue, - Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu, - Dort; il est étendu dans l'herbe, sous la nue, - Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises! - Echouages hideux au fond des golfes bruns - Où les serpents géants dévorés des punaises - Choient, des arbres tordus avec de noirs parfums!
Ce ne sont pas mains de cousine - Ni d'ouvrières aux gros fronts - Que brûle, aux bois puant l'usine, - Un soleil ivre de goudrons.
L'éclat de ces mains amoureuses - Tourne le crâne des brebis! - Dans leurs phalanges savoureuses - Le grand soleil met un rubis!
La Rivière de Cassis roule ignorée - En des vaux étranges: - La voix de cent corbeaux l'accompagne, vraie - Et bonne voix d'anges: - Avec les grands mouvements des sapinaies - Quand plusieurs vents plongent.
A quatre heures du matin, l'été, - Le Sommeil d'amour dure encore. - Sous les bosquets l'aube évapore - L'odeur du soir fêté.
O Reine des Bergers! - Porte aux travailleurs l'eau-de-vie, - Pour que leurs forces soient en paix - En attendant le bain dans la mer, à midi.
Puisque de vous seules, - Braises de satin, - Le Devoir s'exhale - Sans qu'on dise: enfin.
Reconnais ce tour - Si gai, si facile: - Ce n'est qu'onde, flore, - Et c'est ta famille!
La chambre est ouverte au ciel bleu-turquin; - Pas de place: des coffrets et des huches! - Dehors le mur est plein d'aristoloches - Où vibrent les gencives des lutins.

Œuvres de Arthur Rimbaud

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