Peut-être que le remède à l’existence, au fond, c’était de ne s’attendre à rien.
Les gens de bon goût sont d'un ennui mortel et contagieux.
Je voulais écrire pour la vie d'écrivain, qui me semblait la seule qui valait la peine d'être vécue, et je tentais tant bien que mal de faire de ma vie un roman - tandis qu'écrire, c'est le contraire.
Écrire c'est arrêter de vivre des heures, des jours et des mois durant. C'est penser que les êtres qui partagent votre temps vous le volent ou le gaspillent inutilement. Écrire, c'est peu à peu se retrancher du roman de la vie.
Écrire c'est arrêter de vivre des heures, des jours et des mois durant. C'est penser que les êtres qui partagent votre temps vous le volent ou le gaspillent inutilement.
Écrire, c'est peu à peu se retrancher du roman de la vie.
J’ai passé mes vingt ans sans être débarrassée de moi. Je me portais comme une promesse fragile, comme un habit trop neuf que l’on ne veut ni user, ni tacher, qu’on ne veut sortir qu’aux grandes occasions et qu’au final, on ne porte jamais. J’attendais que ma vie commence, parce que je voulais qu’elle advienne
Prononcez : « Françoise Sagan » et vous verrez les gens se mettre à sourire, de ce même sourire que si vous leur proposiez : « une coupe de champagne ? ».
Car il n’existe pas de vrais secrets dans les familles. Les secrets attendent tranquillement leur heure pour se dévoiler. Et, en patientant, ils dessinent leurs contours dans les silences.
Parfois, vos amis vous règlent votre compte, avec des paroles violentes qui vous blessent. Mais parce qu'ils visent juste, parce qu'ils voient en vous ce qu'il y a de plus caché, vos amis vous disent : « C'est parce que je t'aime que je vois le visage que tu voudrais dissimuler. Et tout en voyant ce visage, je continue de t'aimer. De t'aimer mieux peut-être, t'aimer en meilleure connaissance de cause. Parce que toi et moi nous sommes pareils, des frères et sœurs d'actes inavouables. » Lorsqu'ils agissent ainsi, vos amis vous attachent à eux d'une façon bien plus forte que ne le feraient toutes les déclarations d'amour.
Il faut considérer les grandes choses comme si elles étaient petites. Et les petites comme si elles étaient grandes.
J'ai passé mes vingt ans sans être débarrassée de moi. Je me portais comme une promesse fragile, comme un habit trop neuf que l'on ne veut ni user ni tacher, qu'on ne veut sortir qu'aux grandes occasions et qu'au final on ne porte jamais.
Il me faut réussir à montrer qu’un livre puisse être éclatant comme une bombe, comme un printemps, comme une catastrophe dans une tragédie grecque.
Mais aujourd'hui, ils ont simplement fait quelque chose, tout commence par là : on ne perd jamais rien à faire, on risque même de gagner ; car gagner est un risque à prendre dont les jeunes gens ne connaissent pas les conséquences.
Florence et Françoise sont des enfants de la guerre, c'est à dire des êtres étranges qui ont commencé par la fin : elles savent que Dieu se nomme Chance. Et que tout peut mal finir. À partir de là, il faut composer avec ce que l'on a.
Elles savent que Dieu se nomme Chance. Et que tout peut mal finir. À partir de là, il faut composer avec ce que l'on a.
Les pères qui n'ont que des filles, comme les mères qui n'ont que des fils, restent pour toujours des rois et des reines absolus. Quelque chose en eux résiste, qui ne se dissout pas dans la progéniture.
Il faudrait pouvoir, à l'aide d'un filtre magique ou d'une visionneuse interne, remonter le temps et se revoir, avant. Se souvenir de ce que nous pensions alors, de nos impressions, mais avec la prescience des événements à venir, afin de ne pas oublier certains détails que nous regretterons, plus tard, d'avoir négligés au profit de futilités qui occupaient nos esprits et nous semblaient, alors, de la plus haute importance - et que nous avons, depuis, évidemment oubliées.
Depuis toujours, les femmes décident seules qui sera le père de leurs enfants, elles le font pour eux, pour leur progéniture. Elles choisissent le meilleur, le plus approprié.
Et nous, aurions-nous été plus aguerries si nous avions eu des frères ? Aurions-nous mieux compris les hommes si nous avions grandi avec eux ?
La vérité est une mèche lente, comme ces douleurs qui mettent quelques rizière de seconde avant de se déclarer au cerveau.
Je me demande si tous les parents préfèrent l'un de leurs enfants. Si c'est une chose inévitable et qu'ils parviennent plus ou moins bien à cacher. Je me demande si mon père a préféré l'une de nous.
Moi je ne comprenais pas les enfants qui aimaient aller chez leurs grands-parents. Elles me terrifiaient ces vieilles personnes, à vouloir qu'on les aime et qu'on touche leurs peaux en gants de toilette. Tout sombrait chez eux : les bajoues, le cou, les bras, les lèvres. Ils voulaient nous faire jouer à des jeux trop vieux pour nous : ils ne comprenaient pas que nous étions des enfants modernes. Ils avaient chez eux des produits qui n'existaient pas ailleurs. Des savons écaillés qui trempaient dans un jus maronnâtre, des granules d'arnica, des boîtes de nourriture qu'on ne voyait jamais dans nos supermarchés, c'était comme aller dans un pays étranger, la vieillesse.
Moi je ne comprenais pas les enfants qui aimaient aller chez leurs grands-parents. Elles me terrifiaient ces vieilles personnes, à vouloir qu'on les aime et qu'on touche leurs peaux en gants de toilette. Tout sombrait chez eux : les bajoues, le cou, les bras, les lèvres.
Œuvres de Anne Berest