Florence et Françoise sont des enfants de la guerre, c'est à dire des êtres étranges qui ont commencé par la fin : elles savent que Dieu se nomme Chance. Et que tout peut mal finir. À partir de là, il faut composer avec ce que l'on a.
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J'ai passé mes vingt ans sans être débarrassée de moi. Je me portais comme une promesse fragile, comme un habit trop neuf que l'on ne veut ni user ni tacher, qu'on ne veut sortir qu'aux grandes occasions et qu'au final on ne porte jamais.
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À lire aussi de Anne Berest
Je me demande si tous les parents préfèrent l'un de leurs enfants. Si c'est une chose inévitable et qu'ils parviennent plus ou moins bien à cacher. Je me demande si mon père a préféré l'une de nous.
Moi je ne comprenais pas les enfants qui aimaient aller chez leurs grands-parents. Elles me terrifiaient ces vieilles personnes, à vouloir qu'on les aime et qu'on touche leurs peaux en gants de toilette. Tout sombrait chez eux : les bajoues, le cou, les bras, les lèvres. Ils voulaient nous faire jouer à des jeux trop vieux pour nous : ils ne comprenaient pas que nous étions des enfants modernes. Ils avaient chez eux des produits qui n'existaient pas ailleurs. Des savons écaillés qui trempaient dans un jus maronnâtre, des granules d'arnica, des boîtes de nourriture qu'on ne voyait jamais dans nos supermarchés, c'était comme aller dans un pays étranger, la vieillesse.
Car il n’existe pas de vrais secrets dans les familles. Les secrets attendent tranquillement leur heure pour se dévoiler. Et, en patientant, ils dessinent leurs contours dans les silences.
Les gens de bon goût sont d'un ennui mortel et contagieux.
Dans la même œuvre
Je voulais écrire pour la vie d'écrivain, qui me semblait la seule qui valait la peine d'être vécue, et je tentais tant bien que mal de faire de ma vie un roman - tandis qu'écrire, c'est le contraire.
Écrire c'est arrêter de vivre des heures, des jours et des mois durant. C'est penser que les êtres qui partagent votre temps vous le volent ou le gaspillent inutilement. Écrire, c'est peu à peu se retrancher du roman de la vie.
Écrire c'est arrêter de vivre des heures, des jours et des mois durant. C'est penser que les êtres qui partagent votre temps vous le volent ou le gaspillent inutilement.
Écrire, c'est peu à peu se retrancher du roman de la vie.
J’ai passé mes vingt ans sans être débarrassée de moi. Je me portais comme une promesse fragile, comme un habit trop neuf que l’on ne veut ni user, ni tacher, qu’on ne veut sortir qu’aux grandes occasions et qu’au final, on ne porte jamais. J’attendais que ma vie commence, parce que je voulais qu’elle advienne