J'aime le parfum qui revient, l'étoile qui reparaît, le regret qui recommence, j'aime tous les serviteurs de la fidélité.
Le souvenir fait tous les métiers: il insulte, il caresse, il honore, il blâme.
Il est toujours grave d'affronter les responsabilités; on s'éloigne quelquefois du mariage que l'on a fait, comme l'architecte de la maison qu'il a bâtie.
Nos actions ne suivent pas toujours nos paroles: en construisant, l'architecte s'éloigne du plan.
L'innocence provoque plus de respect, le repentir plus d'admiration.
Jeunes ailes, osez! vous êtes dans l'âge.
Les femmes de quarante ans sont les plus audacieuses.
Qui compte ses ans de service aspire au repos.
Des airs de langueur: des appétits qui n'osent pas s'avouer.
Quand on a peu d'appétit, on trouve facilement les autres gourmands.
L'avare n'a généralement pas d'autre passion: l'avarice lui suffit.
Les anciens avaient le culte du beau, nous en avons l'appétit.
Il y a des intelligences broussailles, les belles fleurs n'y poussent pas.
Les fleurs de l'amour sont rouges: est-ce pudeur, honte ou glorification?
Tout besoin d'aimer peut se tromper d'adresse.
L'esprit a besoin de problèmes, le coeur de secrets.
On est bête d'emblée, et même avec enthousiasme.
Les préjugés marchent en troupeaux, comme les bêtes.
On peut être gauche sans être naïf, et bon enfant sans être bête.
Souvent la bêtise s'en tirerait encore sans les excuses dont elle se sert.
Dans la bêtise on s'arrête rarement en chemin.
Ce qu'on aime dans la bonté, c'est plus que sa main, c'est son regard. Il faut se laisser plus que surprendre par elle, se laisser dévaliser.
Il est naturel d'être bon avec les petits, la bonté ne compte qu'avec les égaux.
La bonté n'a pas de remords, mais elle a des repentirs.
La richesse promet plus de moyens d'être heureux qu'elle ne donne de bonheurs.
Œuvres de Anne Barratin