Œuvre
De Vous à Moi (1892)
Une coquette définissait la vieillesse: des printemps accumulés.
Que de joies seraient à peu près insignifiantes sans le malin plaisir de faire enrager un envieux.
On commence à partager quand on aime, pour offrir ensuite sa part avec amour.
La pudeur s'atténue avec l'âge, comme la timidité, mais où elle a régné, elle laisse la délicatesse.
Si l'on y pénétrait, certains coeurs ressembleraient à un champ de bataille après l'action.
La parure enlaidit souvent, comme l'excuse aggrave.
Le blanc n'embellit pas l'innocence, l'innocence embellit le blanc.
Toutes les vérités s'entraident: la petite s'appuie sur la grande, la grande protège la petite.
On peut détester sans haine, comme on peut aimer sans tendresse.
Un premier livre est l'enfant de notre coeur, un second est l'enfant de notre esprit, un troisième est l'enfant de notre science.
Une relation est une fleur que l'on aime à cueillir soi-même.
L'amour sait plaindre, l'amitié sait guérir.
Qu'il y a de caresses dans le mot «j'aime»; de pourpre dans le mot «amour»!
L'amour maternel est fait de tout ce qu'il y a de plus délicat dans l'amour, de tout ce qu'il y a de plus tendre dans l'amitié.
Dangereux dans l'âge mûr, indécent dans la vieillesse, l'amour n'est à sa place qu'au printemps de la vie, à moins qu'ayant commencé alors, il dure.
Aimer! c'est voir en beau, sentir en large, juger en grand.
Tout dans l'être doit dire «j'aime»: le coeur, les yeux, le geste, tous ces muets charmants dont la bouche n'est que l'interprète.
L'amour qui ne prend pas tout n'est pas de l'amour.
On se crée des amis comme on fait des dettes, sans en comprendre toute l'importance.
C'est une ivresse d'être mère, une dignité d'être père.
Le présent vit entre deux voleurs, le passé et l'avenir.
Les extravagances de l'amour ne sont pas une preuve de sa force, mais de son délire.
L'amour a besoin de croire, la volupté s'en passe.
Le mot est le bateau dans lequel l'idée navigue.
Le sourire est plus intéressant que le rire, il laisse quelque chose à deviner.