Les discours du rat qui s'est retiré du monde, qu'il soit artiste ou philosophe, sentent toujours un peu son fromage.
L'égoïsme familial... à peine un peu moins hideux que l'égoïsme individuel.
Le nationaliste a la haine large et l'amour étroit.
Certains pourrissent, et d'autres s'ossifient ; tous vieillissent. Seule une grande ferveur intellectuelle triomphe de la fatigue et de la flétrissure du corps.
Toute l'éducation des enfants devrait tendre à élever l'esprit de ceux-ci au-dessus des considérations matérielles.
Il ne suffit pas de lire que les sables des plages sont doux ; je veux que mes pieds nus le sentent. Toute connaissance qui n'est pas précédée d'une sensation m'est inutile.
- Qu'est-ce que vous allez chercher là-bas ? - - J'attends d'être là-bas pour le savoir.
Saisis de chaque instant la nouveauté irremplaçable et ne prépare pas tes joies, ou sache qu'en son lieu préparé te saisira une joie autre.
Il faut aux insultes laisser les autres avoir raison, pour que cela les console de n'avoir pas autre chose.
De combien de silence déjà savait s'envelopper notre amour ?
Les plus belles oeuvres des hommes sont obstinément douloureuses. Que serait le récit du bonheur ?
Tout ce que vous faites par devoir, avec des fronts ridés de crainte, je veux le faire par amour, en souriant d'amour, en souriant.
Il me faut par tous les moyens lutter contre la dislocation et l'éparpillement de la pensée.
L'on s'apprête à entrer dans un long tunnel plein de sang et d'ombre.
Je m'agite dans ce dilemme : être moral ; être sincère.
Seigneur, donnez-moi de ne vouloir qu'une seule chose et de la vouloir sans cesse.
Les lois et les censures compromettent la liberté de pensée bien moins que ne le fait la peur. Toute divergence d'opinion devient suspecte et seuls quelques très rares esprits ne se forcent pas à penser et juger comme il faut.
Les adolescences trop chastes font les vieillesses dissolues. Sans doute est-il plus facile de renoncer à ce que l'on a connu qu'à ce que l'on imagine.
Mais non ; je ne veux point d'une félicité que peut flétrir la clairvoyance. Il faut savoir retrouver le bonheur par delà. Acceptation ; confiance ; sérénité ; vertus de vieillard. L'âge de la lutte avec l'ange est passé.
Pourtant j'aime les compliments ; mais ceux des maladroits m'exaspèrent ; ce qui ne me flatte pas au bon endroit me hérisse.
Plutôt que d'être mal loué, je préfère ne l'être point. Facilement aussi je me persuade qu'on exagère ; une incurable modestie me présente aussitôt mes manques. Je sais ou je m'arrête et ou commence le défaut.
Je me persuadais que chaque être, ou tout au moins : que chaque élu, avait à jouer un rôle sur la terre, le sien précisément, et qui ne ressemblait à nul autre ; de sorte que tout effort pour se soumettre à une règle commune devenait à mes yeux trahison.
Les produits de croisement en qui coexistent et grandissent, en se neutralisant, des exigences opposées, c'est parmi eux, je croix, que se recrutent les arbitres et les artistes.
Quand vous m'avez donné la vue, mes yeux se sont ouverts sur un monde plus beau que je n'avais révé qu'il pût être oui vraiment, je n'imaginais pas le jour si clair, l'air si brillant, le ciel si vaste.
Des mille formes dela vie, chacun ne peut connaître qu'une. Envier le bonheur d'autrui, c'est folie on ne saurait pas s'en servir. le bonheur ne se veut pas tout fait, mais sur mesure.
Œuvres de André Gide
Ainsi soit-ilAinsi soit-il (1952)Ainsi soit-il (Dernières lignes écrites par Gide)Ainsi soit-il ou Les Jeux sont faits (1952)AjaxAttendu que...Caractères (1925)Carnets d'EgypteConférence prononcée à Beyrouth en 1946Correspondance avec Francis JammesCorrespondance, Gide - Martin du GardCorrespondance, à André Rouveyre, 31 octobre 1924Correspondance, à François Mauriac.CorydonCorydon (1920)Corydon (1920), PréfaceDe l'influence en littérature (1900)DiversDivers (1931), CaractèresDivers (1931), Un esprit non prévenu